Cette idée d’appartenance à un pays, une nation ne date pas d’hier. Déjà, au XIXème siècle, certains penseurs, dans le prolongement d’un renouveau identitaire propre au Romantisme exalté, utilisèrent cette idée d’affiliation pour se différencier et démanteler l’empreinte médiévale trop ancrée dans le passé. Le processus s’est après élargi avec notamment l’apparition des moyens d’impression qui accompagnaient l’enseignement et l’histoire de France. Au delà du « nationalisme », l’identité nationale allait connaître de forts rebondissements tout au long du XXème siècle, avec au premier plan l’affaire Dreyfus qui allait fustiger une partie de la population, mais aussi avec le cas des multiples colonisations de cette France qui, sûre de son autorité territoriale, continuait de vouloir assiéger la vieille Europe.

Aujourd’hui, cette « identité nationale » est au centre de multiples débats, ceux qui font suite à la prise de parole sur ce même sujet en 2009 par le Ministre de l’immigration de l’époque, Eric Besson. Après avoir provoqué de nombreuses réactions au sein de tous les partis, de droite et de gauche, le sentiment identitaire est devenu au fil du temps et avec la crise, un enjeu politique majeur.

COMBINE s’interroge, à la veille des municipales sur cette « conscience nationale ».

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The idea of belonging to a country, a nation is not new. In the nineteenth century already, some thinkers, following the identity renewal specific to exalted Romanticism, used this idea of affiliation to differentiate themselves and dismantle the medieval footprint too much rooted in the past. The process was then extended notably with the emergence of printing means that accompanied the teaching and history of France. Beyond the « nationalism », national identity was going to experience high twists all along the twentieth century, with in the foreground the Dreyfus affair that would denounce a part of the population, but also with the case of multiple colonizations of this France which, sure of its territorial authority, continued to the old Europe.

Today, this « national identity » is at the center of many debates, those which follow the speaking on this subject in 2009 by the Immigration Minister at the time, Eric Besson. After having provoked many reactions within all parties, right and left, the sense of identity has evolved over time and with the crisis, into a major political issue in itself.

COMBINE questions, on the eve of town council elections, this « national consciousness. »

 

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BLANK

TAPIS_COMBINE

Quel angle plus légitime pour aborder un questionnement autour de l’identité d’une nation que la religion ? Tellement pertinent qu’il en devient en réalité extrêmement délicat. Nous savons tous que ce qui anime ou devrait-on dire agite depuis toujours, les relations entre les hommes et les pays reste bien cette question religieuse. En effet, cette dernière cristallise tout un tas de points de tension. Nous nous sommes tous définis à un moment ou un autre au travers d’un prisme religieux, que l’on soit croyant ou pas – nous nous sommes tous positionnés sur cette question. D’ailleurs, au delà même de se définir par rapport à elle, celle-ci est souvent un point d’appui pour aborder la plupart des questions sociétales (en témoigne le vif débat autour du mariage homosexuel).

Comme nous le confiait Tarik Azier, « s’inscrire dans ce cadre de réflexion était presque une nécessité ». Dans son œuvre, « Blank » il met à l’honneur la place de la religion musulmane dans la société française. Pour lui, elle ne convoque en aucun cas une dimension revendicative, elle se veut juste démonstrative d’une carence.

Pour être complet, ce drapeau devrait être muni d’un troisième tapis de prière, au centre. Il a décidé de laisser un vide comme pour laisser le choix à l’esprit de le combler ou non. Une installation hommage au travail d’Alighiero e Boetti et notamment de ses « mappa ».

Une oeuvre de TARIK AZIER

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Is there a more legitimate angle to the question identity of a nation than religion? So relevant that it becomes in reality extremely delicate. We all know what enlivens or should we say has always stirred, the relations between men and countries remains this religious question. Indeed, the latter crystallizes a lot of stress points. We have all defined ourselves at one time or another through a religious prism, whether we are a believer or not – we all positioned ourselves on this issue. Moreover, beyond even define us towards it, this is often a point of support to address most societal issues (as can be seen from the lively debate about gay marriage).

As Tarik Azier confided it, place himself within this framework of thought was almost a necessity. In his work,  » Blank  » he celebrates the place of Islam in French society. For him, in no way it calls up a dimension of protest, it is just demonstrative of a deficiency.

To be complete, this flag should be provided with a third prayer rug, in the center. He decided to leave a vacuum as to leave the choice to the spirit to fill it or not. A tribute installation to the work of Alighiero e Boetti and in particular his  » mappa « .

a work by TARIK AZIER

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DOUBLE JE

double

Un fait reste un fait : Dans un sondage récent publié en 2009, on allait soumettre à un échantillon de personnes la question suivante : « Quels sont les éléments importants qui constituent l’identité de la France ? », les sondés s’exprimèrent et répondirent à plus de 80% : la « langue française », celle qui constituait le gêne même de l’identité. Mais à l’heure d’un métissage sans appel et d’une mondialisation inéluctable, peut-on encore parler d’une langue française « d’exception » ?

S’il convient de continuer à défendre la langue française dans tout ce qu’elle a de plus riche et précieuse et parce qu’elle a tendance à se paupériser continuellement, il reste néanmoins nécessaire de se poser une autre question, dans un sens plus large, et évoquer la cas des autres langues menacées aussi bien littéralement qu’officiellement (on estime que dans près d’un siècle, plus de 90% des langues disparaitront).

L’artiste Youssfi Mehdi offre une œuvre qui éclaire cette relation à notre langage. En interagissant sur le rapport à notre écriture, l’artiste place la diversité et le mixage des cultures au centre de sa pensée. Il la définit comme le point de mire d’une nouvelle identité mixte. La calligraphie signifiant le mot « Français » écrit de la main du plasticien, juxtaposé à un faux autoportrait (et le même processus inversé dans l’image qui suit) donne aux spectateurs la possibilité de réfléchir sur d’autres codes ; un nouveau lexique de partage et de communication au moment où les frontières d’une langue officielle ont tendance a fléchir ostensiblement.

Ce Double Je est en réalité la représentation d’une identité qui se déplace lentement vers l’universalité. En écho de l’œuvre, on pense à cet énoncé du sociologue et professeur émérite, Zygmunt Bauman qui nous informe qu’« Aucun territoire souverain, si vaste, si peuplé, si riche soit-il, ne peut protéger à lui seul ses conditions de vie, sa sécurité, sa prospérité à long terme, son modèle social ou l’existence de ses habitants. Note dépendance mutuelle s’exerce à l’échelle mondiale. »

« Double je », une oeuvre de YOUSSFI MEHDI

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A fact remains a fact: In a recent survey published in 2009, was submitted to a sample of people the following question: « What are the important elements that constitute the identity of France? » Respondents expressed themselves and more than 80% responded: the « French language », which was the very gene of identity. But in a time of irrevocable interbreeding and inevitable globalization, can we still speak of an “exceptional” French language?

If we agree on keeping on defending the French language in all its most rich and valuable and because it tends to impoverish continuously, it is still necessary to ask another question, in wider sense, and discuss the case of other endangered languages both literally and officially (it is estimated that in nearly a century, more than 90 % of the languages will disappear).

The artist Youssfi Medhi offers a work that illuminates this relationship to our language. When interacting on the relationship to our writing, the artist places diversity and mix of cultures at the center of his thought. He defined it as the focus of a new combined identity. Calligraphy signifying the word « Français » written by the hand of the artist, juxtaposed with a false self-portrait (and the same process reversed in the image below) gives viewers the opportunity to think about other codes; a new lexicon of sharing and communication when the borders of an official language tend to bend conspicuously.

This « Double Je » is actually the representation of an identity that moves slowly towards universality. As an echo to the work, we think about this statement of the sociologist and professor emeritus, Zygmunt Bauman who informs us that « No sovereign territory so vast, so crowded, no matter how rich, can protect on its own its living conditions, its security, its long-term prosperity, its social model or the existence of its inhabitants. Our mutual dependence is exerted globally. »

« Double je », produced by YOUSSFI MEHDI

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LE CRI // THE SCREAM

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L’empreinte de l’identité renforce celle du nationalisme. Et cette notion englobe en son entier celle du corps national, ce vieux cerbère lié autant à la patrie qu’à la vie et… à la mort. Glaparse, né en Iran s’est réfugié en France à la suite de ce triste conflit entre son pays et l’Irak (la Guerre imposée entre 1980 et 1988). Aujourd’hui, il prend les pinceaux pour redéfinir sa vision de l’identité « nationale ».

Avant d’être artiste plasticien, Glaparse s’était engagé dans l’Armée Française pour défendre les valeurs mais surtout le drapeau d’un pays qu’il commençait tout juste à découvrir, probablement dans son esprit pour mieux s’intégrer à la patrie qui l’avait accueilli. Lui, le natif d’une province reculée en Iran (Le Khouzestan) sera enrôlé dans plusieurs drôles de guerres et de conflits (le Golfe, la Centreafrique, le Tchad) et en sortira éreinté tant la haine se conjuguait avec le besoin de redéfinir les limites absurdes d’un territoire quelconque. Glaparse, pour COMBINE, prend ici d’autres risques : par l’exercice artistique, l’artiste tente de soulever des questions et d’élever le débat. L’empreinte gravée de ces visages pleins d’effroi, la douleur, les corps décharnés et les blessures psychologiques suffisent-ils à justifier cette triste visée. « Le Cri », huile sur toile de grand format (1,46×1,14m) est une œuvre difficilement supportable à la vue mais bien indispensable en regard de l’horreur des conflits servant à sauver une « identité nationale », une de celle que lui-même aura eu du mal à définir, faisant sans cesse, dans sa vie, l’arbitrage entre ses origines et son nouvel état civil.

Posé sur une simple chaise, le soldat dévoilé (Glaparse lui-même ?) entiché d’un casque bleu et vêtu de l’uniforme canonique (pantalon treillis camouflage, t-shirt sans manche vert et Rangers au pieds) pousse un cri sourd, souffrance indicible mais bien discernable en soubassement de la toile (la jambe mutilé qui nous fait face). L’amputation de sa chair reflète-elle cette cisaille identitaire ? En même temps hommage à ces valeureux soldats (dont il connaît la vie) que dénonciation des méfaits de l’intervention militaire, « Le Cri » aura été présenté tel quel au Musée de l’Armée afin d’y être exposé. Mais « La bave de l’artiste n’atteint pas la blanche armée » semblent se dire les représentants de la défense national, qui bien sûr l’auront refusé, sans savoir pourtant que Glaparse lui-même et à de nombreuses reprises aura failli y laisser la vie. Tout cela pour qu’au final, ils n’entendent pas son cri…

Voilà une œuvre singulière, presque iconique, qui prolonge ainsi la réflexion sur ce concept flou d’« identité nationale ». Mr Jean-Yves le Drian, écoutez le ou écoutes les …

« Le Cri », une oeuvre de GLAPARSE

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The footprint of identity strengthens the one of nationalism. And this notion fully embraces the national body, this old guardian as much linked to the homeland as life… and death. Glaparse, born in Iran fled to France after this sad conflict between his country and Iraq (War imposed between 1980 and 1988). Today, he takes brushes to redefine his vision of the « national » identity.

Before being a visual artist, Glaparse enlisted in the French Army to defend the values but also the flag of a country that he was just beginning to discover, probably in his mind to better integrate the country that welcomed him. Him, the native of a remote province in Iran (The Khuzestan) will be enrolled in several phony wars and conflicts (the Gulf, the Centrafrique, the Chad) and will get through it washed up as hatred was combined with the need to redefine the absurd limits of any territory. Glaparse, for COMBINE, here takes other risks: through the artistic exercise, the artist attempts to raise questions and to elevate the debate. Are the footprint graved on these full of fear faces, the pain, the emaciated bodies and psychological injuries sufficient to justify this sad aim. « The Scream », large format oil on canvas (1,46 x 1,14m) is a quite unbearable work to watch but essential regarding the horror of conflict used to save a « national identity », a work amongst those which himself from has struggled to define, making ever in his life, arbitration between his origins and his new status.

Placed on a single chair, the unveiled Soldier (Glaparse himself?) infatuated with a blue helmet and wearing the canonical uniform (camouflage pants, green sleeveless t-shirt and Rangers on his feet) cries out, unspeakable suffering but discernible at the base of the canvas (the mutilated leg facing us). Does the amputation of his flesh reflect this identity shear? At the same time tribute to these brave soldiers (which he knows life) and denunciation of the harmful effects of the military intervention, « The Scream » will have been presented as it is in the Museum of the Army so as to be exposed. But « the artist’s drool does not reach the White Army » seem say the representatives of national defense to themselves, who of course would have refused, without knowing yet that Glaparse himself and many times will almost let his life. All for in the end, they do not hear his cry…

This is a singular work, almost iconic, which prolongs the debate on this vague concept of « national identity ». Mr Jean- Yves Le Drian, listen to him or listen to them…

GLAPARSE

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UNE IDENTITE NATIONALE N’EST PAS COMME LES AUTRES //

NATIONAL IDENTITY IS NOT LIKE THE OTHERS

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Le texte présenté pour Combine par le poète anglais et traducteur Ian Monk, membre de l’Oulipo s’inscrit totalement dans sa démarche d’écriture à savoir, comme il aime à le dire « aligner des mots les uns après les autres (et quelques fois derrière aussi) et puis arrêter quand j’arrive à une quantité plus ou moins prédéfinie (ici environ 432 mots selon le compteur de l’ordi) ».

Au delà de la démarche empreinte d’humour mais sans jamais rien concéder à la rigueur, il clou au pilori la notion d’identité. Lorsque l’on s’engage dans sa lecture, ce texte, par sa forme – une seule phrase – nécessite une contrainte physique qui nous pousse à une respiration profonde pour ne pas se laisser emporter et asphyxier par l’abondance d’éléments associés presque spontanément à cette délicate notion. Un texte plein de saveurs !!

IAN MONK

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The text presented for Combine by the English poet and translator Ian Monk, member of the Oulipo, totally fits into his writing process, namely, as he likes to say « putting words one after the other (and sometimes behind too) and then stop when I get to a more or less predetermined amount (here about 432 words according to the meter of the computer). »

Beyond the process full of humor but without ever conceding anything to the rigor, he pillories the notion of identity. When one engages in reading it, this text, through its form – a single sentence – requires a physical constraint that drives us to a deep breath not to get carried away and suffocated by the abundance of elements associated almost spontaneously to this delicate concept. A text full of flavor!

IAN MONK

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POLYPTYQUE SOLOGNOT // SOLOGNOT POLYPTYCH

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Le photographe documentaire et plasticien Stéphane Quidet s’est attaché dans cette œuvre à mettre en lumière ce qui singularise la Sologne. A travers elle, il interroge l’identité d’un lieu.

Qui vient à Paris sait qu’il est à Paris moins du fait des personnes qu’il rencontre que par les bâtiments qu’il croise. La Sologne, elle, est connue pour ses villages de briques qui façonnent le paysage.

L’œuvre donne à voir différents éléments d’une tuilerie traditionnelle et de ses ouvriers, à la base de l’identité de la Sologne. Les briques y sont encore fabriquées à la main. Quatre cadres approchent la notion d’identité : le détail (qui particularise), l’œuvre (qui exprime), le visage (qui définit), le lieu (qui symbolise). Ils se répondent l’un l’autre, chacun augmentant la lecture du cadre voisin.

STEPHANE QUIDET

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The documentary photographer and visual artist Stéphane Quidet endeavored in this work to highlight what differentiates Sologne. Through it, he questions the identity of a place.

Who comes to Paris knows that you is in Paris less because of the people you meet than through the buildings you cross. Sologne is known for its bricks-made villages that shape the landscape.

The work gives to see various elements of a traditional tile factory and its workers, at the basis of the identity of Sologne. The bricks are there still made by hand. Four frames approach the notion of identity: the detail (which particularizes), the work (which expresses), the face (which defines), the location (which symbolizes). They answer one to each other, each increasing the reading of the neighboring frame.

STEPHANE QUIDET

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300M D’IDENTITES // 300M OF IDENTITIES

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« La priorité lorsque j’aborde un travail n’est pas la réalisation d’une pièce mais toujours la remise en cause d’un processus naturel. Laisser une trace physique ne m‘intéresse pas, mais dès que je touche l’esprit, j’estime que mon travail a trouvé une finalité »

L’œuvre de Yinès Loriot présentée pour la Revue Combine s’attache à déconstruire le drapeau français tout en gardant les éléments à l’origine de son élaboration – les bobines de fils bleu, blanc et rouge. Cette dé-construction veut initier un doute perceptuel pour renforcer le message.

D’ailleurs, elle n’est pas sans évoquer « Cosmic Things » de Damien Ortega qui déconstruisait des objets à forte valeur symbolique telle que la Coccinelle de Volkswagen, élément emblématique de l’identité nationale mexicaine.

L’œuvre « 300M d’identités » veut se définir par son refus d’accepter les frontières que convoque le drapeau en soi et dans sa définition et ce, même si elle est mise en scène dans une boite symbole d’un carcan ambiant, d’une certaine exception française. Ces entremêlements de fils sont autant de voies possibles pour façonner une identité nationale commune ouverte sur les mutations. Une œuvre pour rappeler « l’intimement lié » des individus dans une vision partagée.

YINES LORIOT

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« The priority when I approach a job is not the production of a piece but always questioning a natural process. Leaving a physical trace does not interest me, but as soon as I touch the mind, I believe that my work has found a purpose ».

The work of Yines Loriot presented for the Combine magazine seeks to deconstruct the French flag while keeping the elements at the origin of its production – the blue, white and red spools of yarn. This deconstruction wants to initiate a perceptual doubt to reinforce the message .

Moreover, it is reminiscent of  » Cosmic Things » of Damien Ortega who deconstructed objects with a strong symbolic value as the Volkswagen Beetle, iconic element of the Mexican national identity.

The work « 300M of identities » wants to be defined by its refusal to accept the borders that the flag itself calls up and in its definition and this, even if it is staged in a box symbol of an ambient fetter, of a certain French exception. This intermingling of yarns are all possible ways to build a common national identity open to mutations. A work to remember the  » closely related  » of the individuals in a shared vision.

YINES LORIOT