Nous nous enfonçons dans une ère de la précarité. Lutter contre cet état est devenu la préoccupation majeure de tous les gouvernements. Pas un seul ne s’érige en combattant héroïque de la crise, en défenseur d’une économie vertueuse synonyme de bien être dans nombres de pays. Les politiques se jettent dans de véritables croisades pour la relance. Des ministères naissent avec pour seule mission de relancer la croissance. La croissance qui est devenu le remède miraculeux auréolé d’une « splendide magie » désirée par tout un chacun. Mais ne serait-ce pas une tentative vaine de redonner vie à une utopie passée ?

Rappelons que le mot grec Krisis désigne le jugement, la séparation, la sélection. Il indique une bascule, un moment charnière dans l’évolution d’un processus. Son issue est toujours tranchée : la guérison ou la disparition. Pourtant il semblerait que cet état ce soit installé durablement dans nos sociétés modernes. Devenu une norme, la lutte semble vaine ; il s’agit davantage d’apprendre à jouer avec elle. Il s’agit dorénavant de nous adapter, de nous contorsionner, de nous plier à elle. Mais surtout, éviter toutes inclinaisons léthargiques.

Comme le mentionne Myriam Revault d’Allonnes dans son essai intitulé La crise sans fin. Essai sur l’expérience moderne du temps, « la crise ne rend pas seulement compte d’une réalité objective mais aussi d’une expérience vécue. Elle dit la difficulté de l’homme contemporain à envisager son orientation vers le futur. »

Combine s’empare de cette notion et tente d’en extraire un ensemble de représentations dont les visées, loin de vouloir s’édifier en réponses se veulent être une ouverture du champs des possibles, une délocalisation de la pensée pour entrevoir une tout autre réalité.

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We are sinking into an era of uncertainty. Fight against this state has become the main concern of all governments. Not one stands as a heroic fighter against crisis, as a defender of a virtuous economy synonymous of well being in many countries. Politics plunge into real crusades for reflation. Ministries appear with a sole mission to revive growth. Growth has become the miraculous remedy wreathed in “splendid magic” desired by everyone. But would it not be a vain attempt to revive a past utopia?

Let’s keep in mind that the Greek word Krisis refers to judgment, separation, selection. It shows a turnaround, a transitional moment in the evolution of a process. Its outcome is always immovable: recovery or disappearance. Yet it seems that this state it is permanently installed in our modern societies. Once become a norm, the struggle seems futile; it is more about learning to play with it. It is, from now on, about adapting, contorting us, bending us to her. But above all, avoid all lethargic inclinations.

As Myriam Revault d’Allonnes mentions in her essay entitled The endless crisis. Essay on the modern experience of time, « the crisis does not only represent an objective reality but also an experience. She said the difficulty of the contemporary man to consider its orientation towards future. « 

Combine takes possession of this concept and tries to extract a set of representations whose aims, far from wanting to give answers, is trying to open the realm of the possible, a relocation of the thought to catch a glimpse of another reality.

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BRULER SA VIE

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« La vie est de brûler des questions », Antonin Artaud, Ombilic des limbes, 1925

Nous devons absolument nous inscrire dans la fureur ! C’est la seule posture qui vaille pour rendre justice à l’existence. Quel que soit le contexte auquel nous devons faire face, qu’il soit douloureux, doux ou même magique, il faut « brûler sa vie ». Entendons par brûler, la consumer par nos choix, par nos actions et non être l’instrument de la volonté d’autrui. Ce poème se nourrit d’Antonin Artaud ; cet artiste omniscient qui n’a dirigé sa vie que dans le seul but de construire un langage original et universel au travers d’une voix unique et ce, pour un art total dans lequel il puisse s’incarner corps et âme.
Mais la voie n’est peut être pas si aisée.

K.K

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« Life is burning questions » , Antonin Artaud, Navel of limbo, 1925

We absolutely need to fit into fury! This is the only position that is worth to do justice to life. Whatever the context we have to face, whether it is painful, soft or even magical, we must « burn our life. » Burning means consuming it through our choices, our actions and not be the instrument of the others’ will. This poem feeds itself on Antonin Artaud; this omniscient artist who has led his life only for the purpose of building an original and universal language through a unique voice and this, for a total art in which he can embody himself body and soul.
But the path might not be so easy.

K.K

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MONEY DATA BANK

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Situé dans la tradition du Chèque Tzanck de Marcel Duchamp, (Duchamp avait imprimé le mot the teeth’sloan and trust company consolidated sur un chèque et l’avait offert à son dentiste en guise de paiement pour la consultation. Quelques années plus tard, Duchamp reviendra voir ce dentiste, Daniel Tzanck, pour lui racheter le ready-made originale pour 1000 $, montrant alors la conséquence absurde des mouvements de valeur d’une œuvre d’art.), Post-Krach-T-3 démontre les futilités d’un système.

Post-Krach-T-3 évoque la crise actuelle et la valeur de notre système économique moderne, variable, on le sait, en fonction d’un temps défini (certains spécialistes nous affirment qu’il s’agirait de la 140ème crise du siècle). Le troisième cycle de la crise perçu sous le prisme des médias refait ici surface, dans toute sa réalité absurde, par un alignement stricte et linaire d’étiquettes sans indications de prix et souligné d’un rapport formel qui emprunte à certains mouvements artistiques américains ; l’Amérique, à l’origine de la crise. Post-Krach-T-3 permet aussi de porter notre réflexion sur les quelques solutions proposées en sous-sol : Celle par exemple de l’entraide, considéré comme un véritable devoir de citoyenneté. En réalité, la force de la donation exprimée en filigrane par l’assemblage, participe à cet effort de construction du lien social, dégagé des valeurs boursières qui se manifestent à grande échelle. Un rapport distributif qui ne concernerait que les seuls individus, hors des institutions.

Si Marcel Mauss dans son Essai sur le Don. Forme et Raison de l’échange dans les sociétés archaïques souligne qu’une économie se définit au travers du rapport social, il est donc possible de penser que la distribution au sens personnel peut rivaliser avec celle au sens mécanique. Le libre échange pourrait donc s’entrevoir à travers un plan de proximité ou l’intime ? En somme, un réel « Potlatch », dans un cadre qui sortirait de l’économie de marché (dans une lignée post-Debordien) et qui pourrait se concrétiser dans le milieu sclérosé de l’art — s’il était encore possible d’envisager que l’Art doit s’engager avec et pour tous et non s’appuyer sur des intérêts personnels.

GUY BIRON

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Located in the Chèque Tzanck tradition of Marcel Duchamp’s (Duchamp printed the word the teeth’sloan and trust company consolidated on a check and offered it to his dentist as a payment for the consultation. Few years later, Duchamp will go back and see this dentist, Daniel Tzanck to buy him up the original ready-made for $ 1,000, showing the absurd consequence of the value movements of a work of art.)

Post-Krach-T-3 refers to the current crisis and the value of our modern economic system, variable, as we know, according to a defined time (some scholars argue that it would be the 140th crisis of the century). The third round of the crisis, perceived through the media prism here again, surfaces in all its absurd reality, through a strict and linear alignment of labels without price indications and underlined by a formal report that borrows to some American artistic movements, at the root of the crisis. Post-Krach-T-3 also allow us to think about some alternative solutions proposed: as for example, the mutual aid, which is considered a real citizenship duty. In fact, the strength of the donation, expressed implicitly by the assembly, participates in this effort to create social bounding, freed from the market values occurring on a large scale. A distributive relationship that only concerns individuals, apart from institutions.

If Marcel Mauss, in his Essai sur le Don. Forme et Raison de l’échange dans les sociétés archaïques emphasizes that economics is defined through social relationships, it is possible to assume that the distribution in the personal meaning can compete with the one in the mechanical meaning. Free trade could therefore glimpse through a proximity plan or intimacy? In short, a real  » Potlatch  » in a framework that would come out of the market economy (in a post-Debordian line) and which could be realized in the sclerotic world of art – if it was still possible to consider that Art must be engaged with and for all and not rely on personal interests

GUY BIRON

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ORDRE, CALME ET VOLUPTE

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L’ordre serait donc remplacé par le luxe ? Forcément, ce détournement s’épanche sur l’image inversée de la vision inconsciente que notre cerveau substitue au paysage luxuriant inventé par Henri Matisse dans son œuvre Luxe, calme et volupté. L’ordre établi, la règle, la norme est donc un leurre. L’œuvre serait donc la manifestation engagée d’un chaos financier.

Le masque mortuaire griffonné et noirci annonce d’emblée la couleur : La figure spectrale placardée dénonce les spéculations inhérentes au marché financier. Le papier froissé, utilisé comme support, a été arraché des pages « Economie » d’un quotidien à grand tirage. Les vraies valeurs sont bafouées, rayées et raillées par cette énumération de chiffres qui annoncent tour à tour les baisses et hausses du cours des actions. L’effigie, triste souvenir du Cri de Edvard Munch (bien que la bouche soit cousue), évoque l’aliénation de cette mauvaise fable. Et sous le poids du métal que l’on croit précieux, le monde plie et les illusions s’écrasent. L’homme, lui, n’a plus qu’à attendre son trépas…

L’œuvre Ordre, calme et volupté, nous questionne ainsi sur la cote réelle de notre existence et ses effets secondaires. Doit-on réellement se soumettre à ce nouveau Dieu ? Y aura t-il une prochaine séance ?

GERALD ROUGERIE

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Would the order be replaced by luxury? Inevitably, this diversion pours on the inverted image of the unconscious vision that our brain substitutes for the luxurious landscape invented by Henri Matisse in his work “Luxe, calme et volupté”. The established order, the rule, the norm is a decoy. The work would then be the committed expression of a financial chaos.

The death mask scribbled and blackened immediately shows its hand: the stuck up spectral figure denounces the speculations inherent in the financial market. Crumpled paper, used as a support, was torn from the « Economy » pages of a general circulation newspaper. The true values are violated, crossed out and mocked by this list of numbers that announce alternately increases and decreases of the shares exchange rates. The effigy, sad memories of the Cri by Edvard Munch (although the mouth is sewn), evokes the alienation of this poor fable. And under the weight of the metal hat is believed valuable, the world bends and illusions crash. The man, on his side, just has to wait for his death…

The work Ordre, calme et volupté asks us about the actual rate of our existence and its side effects. Should we really be subject to this new God? Will there be a next session?

GERALD ROUGERIE

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ENIVREZ-VOUS

Baudelaire écrivait en
son temps un poème qui, même s’il fut qualifié par son auteur de bagatelle*, demeure d’une force rare notamment par son intemporalité.

Le poète invite, ou plus précisément ordonne, à ses contemporains d’atteindre un état extatique sans trêve, sans condition. Peut-être avait-il senti les risques d’une société qui s’engagerait dans la voie d’un certain laisser aller, un endormissement doux.

Les périodes de crise relèvent d’une ambiguïté déstabilisante. Au cœur de ces moments, 2 options sont généralement cristallisées et s’offrent à nous : la rétention vs l’attrition. L’une propose le statu quo, le risque zéro ; l’autre encourage aux changements et à la prise de risque. Cette vidéo, largement appuyée sur ce court poème, entend percevoir dans les périodes de doutes, de remises en question, de bouleversements, une formidable occasion de faire bouger ses propres lignes voire d’amorcer une rupture. Elle se veut un plaidoyer pour une mise en mouvement permanente, quelles que soient les conditions extérieures. Rester dans son petit confort – illustré par la représentation emblématique du pavillon de banlieue et qui restera symptomatique de la crise des subprimes américaine – n’est-il pas trop dangereux ?

* plus justement, ce fut le recueil auquel il appartenait : le spleen de Paris.

B.H RIVET

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Baudelaire wrote in his day a poem that, even though it was described by its author as a trivia*, remains of a rare strength notably through its timelessness. The poet invites, or more precisely commands, his contemporaries to reach a relentlessly, unconditional ecstatic state. Perhaps he had felt the risk of a society that would engage in the way of a kind of sloppiness, a sweet sleep mode.

Times of crisis are part of a destabilizing ambiguity. At the heart of these moments, two options are generally crystallized and available to us: retention vs. attrition. One proposes the status quo, the zero risk; the other encourages changes and risk taking. This video, widely based on this short poem, intends to perceive, in times of doubts, questionings, disruptions, a great opportunity to move its own lines or to initiate a break. It intends to be a plea for a permanent movement, whatever the external conditions. Stay in his comfort zone – illustrated by the iconic representation of suburban house and that will remain symptomatic of the U.S. subprimes crisis – is not it too dangerous?

*more exactly, it was the collection it belonged to: le spleen de Paris

B.H RIVET

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POST-KRACH-T-3

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Le système bancaire n’a pas vocation à durer, en raison des multiples crises intermédiaires qui secouent et continueront de secouer le XXIe siècle. Cette organisation est devenue l’ennemi public numéro un, la monarchie à abattre, celle pour laquelle on s’indigne. Aujourd’hui, on se révolte contre les composants de ce rouage massif qui existe depuis plusieurs siècles. Quoi qu’il en soit, un autre régime viendra bientôt régler son compte à ce temple de l’argent, en le remplaçant de façon insidieuse, (à l’instar d’autres échanges et flux, domaines comme le troc, la dote, les confréries, les guildes aujourd’hui disparus mais qui ont contribué à l’essor du commerce national). Par cela, il est possible de constituer un classement documentaire et historique, transformé par l’exigence créative de toutes ces reliques bancaires. Par ces images reconstituées, La Banque de France, la Bourse de Paris perdent de leur autorité et exposent la noirceur de leur rôle. L’image abstraite dévoilée ici jette un regard sombre sur le monde telle une machine dévorante, crispant les derniers idéaux de la société.

STANISLAS CHAMIS

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The banking system is not meant to last, due to the multiple intermediary crises that currently affect and will continue to affect the twenty-first century. This organization has become the number one public enemy, the marked monarchy, the one about which everyone is outraged. Today, we rise up against the components of this massive machinery that has existed for centuries. Anyway, another regime will soon settle the score of this money temple, replacing it insidiously (like other exchanges and flows, areas such as barter, dowry, brotherhoods, guilds nowadays disappeared but who contributed to the development of domestic trade). Through this, it is possible to create a documentary and historical classification, transformed by the creative requirement of all these bank relics. For these reconstructed images, Bank of France, the Paris Bourse loose their authority and expose the darkness of their role. The abstract image unveiled here takes a dark look at the world as a devouring machine contracting the last society ideals.

STANISLAS CHAMIS

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FOR BETTER OR FOR WORTH

La crise comme état passager. Est-ce toujours vraisemblable ? Il semblerait que non ! Désormais la crise fait partie intégrante de notre société, elle s’est hissée au rang d’un ordre établi et composer avec elle est inévitable. Les règles ont changées. « For Better or for Worth » met en scène symboliquement le courant d’un fleuve comme une double illustration d’un temps historique qui évolue, imperturbable et comme un miroir de la capacité de l’homme à jouer des changements en s’adaptant au flux en présence.

2 rectangles qui se meuvent pour ne faire plus qu’un !

AD

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Crisis as a temporary state. Is that still likely? Apparently not! From now on the crisis is an integral part of our society, it has grown to become an established order and dealing with it is unavoidable. Rules have changed.“For Better or for Worth » symbolically depicts the flow of a river as a double illustration of a historical time evolving, imperturbable and as a mirror of the human ability to defy changes in adapting oneself to the present flow.

2 rectangles moving to become one!

AD

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WORKING DAY

Peux-t-on aborder la notion de crise sans s’interroger sur la classe la plus emblématique de l’histoire des sociétés contemporaines ?
La classe ouvrière, cette entité trop souvent réduite à son statut de classe ne doit ni être envisagée comme un déterminisme économique ni comme une résultante issue d’une réaction à un fait extérieur. C’est avant tout un mouvement qui agit par lui même et qui s’est édifié dans l’action.

La complexité et la multiplicité de cette classe dans sa composition possède un point de convergence certain qui ne peut être remis en cause : la passion. La passion dans tout ce qu’elle a de dramatique, de terrible et d’intense. Il y a peu de temps, nous avons reçu un témoignage édifiant de monsieur Maurice Taylor (PDG du groupe étatsunien TITAN) sur la classe ouvrière française qui faisait état d’un mépris absolu. Si seulement il ne s’agissait que de lui. Mais, hélas ce point de vue semble coller à la peau des ouvriers et s’en débarrasser semble quasi impossible. L’intention de la vidéo « working day » réalisée pour Combine est de mettre en exergue la puissance de cette classe qui a traversé le temps dans ce que l’on ne pourra jamais lui retirer : le travail.
Elle met en scène une journée de labeur sous les traits de centaines d’épis de blé qui ploient sous les mouvements du vent sans jamais se briser. Une métaphore de son statut aux yeux de la société.

BRISCO

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Can we discuss the notion of crisis without questioning the most iconic class of the contemporary societies history? The working class, this entity too often reduced to its status of class, must not be considered as an economic determinism or as a result after a reaction to an external fact. It is primarily a movement that acts by itself and that built itself into action.

The complexity and multiplicity of this class in its composition have a convergent point that cannot be questioned: passion. Passion in everything she has dramatic, terrible and intense. A little time ago, we received an edifying testimonial of Mr. Maurice Taylor (CEO of U.S. group TITAN) about the French working class, which stated an absolute disregard. If only it was only him. But unfortunately, this point of view seems to stick to the workers’ skin and get rid of it seems almost impossible. The intention of the « working day  » video created for Combine is to highlight the power of this class that has transcended time through what can never be taken away from it: work
It depicts a labor day in the guise of hundreds of wheat cobs bending under the wind movements without ever breaking. A metaphor of its status in the eyes of society.

BRISCO