C’est incontestable ! Nous sommes bien en pleine croissance de surveillance. Notre obsession pour la sécurisation fait courir de gros risques aux principes de libertés individuelles.

Le banditisme, la délinquance entre autre avait déjà conduit à la multiplication des appareils de surveillance. Mais la guerre contre le terrorisme a accéléré considérablement le tout sécuritaire. D’ailleurs, les possibilités de contrôle semblent s’élargir de jour en jour à mesure que nos moyens de communication trouvent de nouveaux territoires d’expression. Citons à titre d’exemple, tous les réseaux sociaux pour ce qui concerne la communication entre les individus mais aussi les puces RFID avec les objets dit « communicants ».

S’interroger sur la surveillance est sans nul doute d’une grande complexité quand on sait que chacun de nous, à notre échelle, porte en lui une part de voyeurisme latent, que la sécurité nous préoccupe ne serait qu’un peu ou encore que l’on souhaite tous une vie facilitée. Mais une chose est certaine, si personne n’intervient, la surveillance dans toutes les sociétés se normalisera et tout retour en arrière sera impossible. Les relations interpersonnelles seront placées sous des normes de fonctionnement complètement différentes où tout le monde s’observera et où les contours de la vie privée seront à redessiner.

Finalement la notion de « Village Globale » ne prend elle pas tout son sens avec l’omniprésence de la surveillance, comme tous ces petits villages où tout le monde connaît la vie privée de tout le monde ?

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It is undeniable! We are in the middle of a growing surveillance. Our obsession with security poses great risks to the principles of individual freedoms.

Banditry, crime among others had already led to the proliferation of surveillance devices. But war against terrorism has considerably accelerated the total security. Indeed, the possibilities of control seem to expand every day as our means of communication find new expression territories. As an example, let’s talk about all the social networks with regard to communication between individuals, but also RFID with objects called “communicating”.

Questioning surveillance is undoubtedly very complex when you know that each of us, on our scale, carries a share of latent voyeurism, that security preoccupies us even a little bit or that we all want an eased life. But one thing is certain, if no one intervenes, surveillance will normalize in all societies and going backward will be impossible. Interpersonal relationships will be placed under completely different operation standards where everyone will observe the other and where the contours of privacy will be to redraw.

Finally, does the notion of  » Global Village  » not take its full meaning with the omnipresence of surveillance, as all these small villages where everyone knows the privacy of everyone?

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LIVING IN GLASS HOUSE

glass-house
La transparence comme manifestation de modernité, où le tout voir et le tout savoir serait un des piliers de nos sociétés ?

Il est vrai que cette notion porte en elle de belles intentions positives. En effet, la transmutation du concept appliqué à l’architecture aura ouvert un champ de réflexion vaste. La création du Crystal Palace lors de l’exposition universelle à Londres en 1851 fut une vraie révolution. Nombre d’acteurs emboiteront le pas avec des constructions qui poseront les bases d’une nouvelle approche architecturale : Le Corbusier et Mies van der Rohe avec les villas Savoye (1929) et Farnsworth (1951) ou encore Philip Jonhson et sa Glass House (1949).

Walter Benjamin voyait dans le concept de transparence en architecture, « l’expression d’un besoin d’ouverture et de communication de la société nouvelle. Vivre dans une maison de verre est, par excellence, une vertu révolutionnaire. Cela est aussi une ivresse, un exhibitionnisme moral nous nous avons grand besoin. »

D’ailleurs, si nous élargissons la portée de la notion, appliquée à l’individu elle est synonyme de vérité, appliquée au monde professionnel, elle est garante de droiture, d’honnêteté. Malheureusement comme beaucoup de concepts, il sera vite dévoyé et réinterprété selon les intentions que l’on veut bien lui donner et pourra servir d’alibi à la surveillance. La transparence, comme métaphore du désenchantement du monde qui serait vidé de sa substance mystérieuse.

« Living in glass house » en est une illustration poussée à l’extrême. Des panneaux de verre empilés les uns sur les autres pour mettre en lumière que la nécessité de toujours conjuguer à cette idée de transparence, des fondations solides. La transparence en soi n’est rien d’autre qu’utopie, comme nous le confiait l’artiste.

Une oeuvre de VATURI

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Transparency as a manifestation of modernity, where the total visibility and total knowledge would be one of the pillars of our societies?

It is true that this notion carries great positive intentions. Indeed, the transmutation of the concept applied to the architecture would have opened a wide thinking field. The creation of the Crystal Palace at the Universal Exhibition in London in 1851 was a real revolution. Numerous actors will follow, with buildings that will lay the foundations for a new architectural approach: Le Corbusier and Mies van der Rohe with the Savoye villas (1929) and Farnsworth (1951) or Philip Johnson and his Glass House (1949).

Walter Benjamin saw in the concept of transparency in architecture, « the expression of a need for openness and communication of the new society. Living in a glass house is, par excellence, a revolutionary virtue. This is also an euphoria, a moral exhibitionism we have great need of. « 

Indeed, if we expand the scope of the concept, applied to the individual it is synonymous with truth, applied to the professional world, it is the guarantor of righteousness, honesty. Unfortunately like many concepts, it will be quickly perverted and reinterpreted according to the intentions that we are willing to give to it and could serve as an alibi for surveillance. Transparency, as a metaphor for the disenchantment of the world that would be deprived of its mysterious substance.

« Living in glass house » is an illustration taken to the extreme. Glass panels stacked on top of each other to highlight the need to always combine to this idea of transparency, solid foundations. Transparency itself is nothing else than a utopia, as the artist confided us.

a work by VATURI

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KLADO-VIGILANCE

La Klado vigilance est le titre d’une vidéo réalisé en 1994 par l’artiste lettriste Roland Sabatier. L’œuvre où est inscrit sur une partie du document « je vous surveille » et sur l’autre le portrait photo de l’artiste même, dénoue les systèmes de surveillance en utilisant le même mécanisme pour l’incorporer dans le système lettriste.

Réalisé en 1994, le film Klado-vigilance reste toujours d’actualité. Les multiples répercussions sur ces systèmes de contrôles prouvent qu’il est difficile d’être maître et propriétaire de ses propres informations. Vivre son statut de citoyen sans encombre est un véritable combat. Avec cette création, Roland Sabatier inverse les processus et utilise à son compte le mécanisme du contrôle pour l’activer sur les observateurs du dit film. Gardien de son propre fonctionnement, l’artiste se concentre sur la défense des libertés individuelles. Cette vidéo d’avant-garde, pure et dure, risque d’avoir encore du sens dans les années à venir.

Film lettriste de ROLAND SABATIER

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The Klado vigilance is the title of a video made in 1994 by the lettrist artist Roland Sabatier. The work on which is placed on a part of the document  » I’m watching you  » and on the other photo portrait of the artist himself, unravels surveillance systems by using the same mechanism to incorporate it in the Lettrist system.

Made in 1994, the Klado vigilance film remains relevant. Multiple impacts on these control systems show that it is difficult to be master and owner of your own information. Living your citizenship status smoothly is a real struggle. With this creation, Roland Sabatier inverses the processes and uses the control mechanism to activate it on the observers of the film described above. Guardian of his own operation, the artist acts like the defender of individual liberties. This avant-garde video, purely and simply, may still have meaning in the years to come .

a lettrist work by ROLAND SABATIER

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WE’RE WATCHING BIG BROTHERS, OU TRENTE ANS APRES//

WE’RE WATCHING BIG BROTHERS, OR THIRTY YEARS AFTER

BIG

Ce projet est dédié à Georges Orwell et Harry S. Truman

Mettez-vous face à une caméra de surveillance, photographiez-la, notez son emplacement, la date et l’heure de la prise de vue et envoyez le tout à werewatchingbigbrother@gmail.com. L’objectif est ici de constituer collectivement un portrait infinitésimal « en creux » de Big Brother, Entité informe, dispersée et disséminée, Incarnation désincarnée et pourtant omniprésente de la surveillance généralisée.

Recenser ses multiples parties émergées pour en révéler son ineffable et invisible présence qui, à chaque instant, nous regarde.
En se mettant face à une caméra pour la photographier, on fait acte, si ce n’est de résistance, du moins de prise de conscience qu’à chaque instant Il nous surveille et qu’en retour, nous aussi nous Le surveillons.
Mais en poussant un peu plus loin, on pourrait également photographier nos webcam, nos smartphones, nos GPS, nos ordinateurs, nos pages web de comptes Google (gmail, Google + etc.), Facebook, Twitter, Instagram, Tumblr et autres réseaux sociaux et moteurs de recherche. Enfin, peut-être pourrions-nous, puisque la mode est aux selfies, nous photographier nous-mêmes car Big Brother est partout et nous en sommes, par nos pratiques numériques, les Agents, participant de notre plein gré à Le maintenir en place, à L’alimenter. Ce Grand Autre est aussi un Grand Nous.
Et de noter au passage avec une ironie certaine que ce projet-même se sert de Google et Facebook pour exister, ce qui peut faire méditer quant à la réussite ou l’échec d’une telle entreprise…

Mais consolons-nous en songeant à cette citation de Winston Churchill: « Le succès c’est d’être capable d’aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme ». Alors forgeons tous ensemble avec enthousiasme ce portrait (autoportrait ?) d’un Être insaisissable mais partout présent en songeant au fait que 2014 , ce n’est jamais que 1984+30…

DAMIEN DION, projet infinitésimal participatif, 2014

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This project is dedicated to George Orwell and Harry S. Truman

Stand in front of a surveillance camera, take a picture of it, note the location, date and time of the shooting and send it to werewatchingbigbrother@gmail.com. The objective here is to collectively constitute an implicit infinitesimal portrait of Big Brother, shapeless Entity, dispersed and disseminated, disembodied yet omnipresent Incarnation of the mass surveillance.

Identify its multiple emerged parts to reveal its ineffable and invisible presence that, at every moment, is looking at you.
By putting oneself in front of a camera to take a picture of it, we show, if not resistance, at least an awakening of the conscious that at any moment It is watching us and in return, we also monitor It.
But pushing a little further, we could also photograph our webcam, our smartphones, our GPS, our computers, our Google (Gmail, Google+ etc.), Facebook, Twitter, Instagram, Tumblr and other social networks and search engines accounts web pages. Finally, maybe we could, since the trend is to selfies, take pictures of ourselves because Big Brother is everywhere and we are, by our digital practices, its Agents, voluntarily participating to keep it up, to power It. This Great Other is also a Great Us.
And note by the way, with some irony that this project itself uses Google and Facebook to exist, which can make think about the success or failure of such an enterprise…

But let’s comfort ourselves by thinking of this quote from Winston Churchill: « Success is to be able to go from failure to failure without losing enthusiasm. » And let’s forge together with enthusiasm this portrait (Self Portrait?) of an elusive but ubiquitous Being thinking to the fact that 2014, it is just 1984+30…

DAMIEN DION, participatory infinitesimal project, 2014

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MICROSHIP

MICROSHIP

L’image est évocatrice. Ce tableau calquant la carte à puce, rend « signifiant » les nombreuses écoutes téléphoniques fomentées par les Etats-Unis qui ont agité la sphère politique ces derniers temps .

Le scandale, vite étouffé en raison d’intérêts purement économiques, ne semble d’ailleurs guère gêner le chef d’Etat américain Barack Obama. Cette politique d’espionnage bien affûtée mais à visage découvert, semble même aller encore plus loin que les autres grandes nations ne le pensaient. En définitive, le « contrôle » de rigueur devenu plus une « filature » agissant pour une utilité quasi-néant, dévoile une des plus belles facettes de la pure immoralité. C’est l’exemple même d’une éthique qui meurt en raison de cette triste domination nationaliste voulue par quelques puissants.

La puce, mise en perspective dans cette image abstraite, évoque un autre rapport au système de communication basique. Bien que le symbole technologique nous renvoie vers des considérations technologiques, l’artiste semble décider a en donner une nouvelle lecture politique. L’artiste réduit la représentation dans le concept de la claustration, dernier recours politique pour ces pays en mal d’imagination.

une oeuvre de MICHAEL SIMMOND

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The image is evocative. This chart copying the smart card, intends to evocate the many wiretaps done by the United States that have shaken the political sphere lately.

The scandal, quickly stifled due to purely economic interests, does not seem to really offend Barack Obama. The American espionage policy, well sharpened and with its uncovered face, goes much further than what the biggest could even try to imagine. This control system with almost a null utility reveals all the most beautiful facets of pure immorality. This is the example of ethics that succumb to the domination of few powerful.

The card, put into perspective in an abstract image, evokes another relationship to a basic communication system. Although the strong symbol sends us to political considerations, the artist seems decided to give a new reading of it. The artist reduces the representation in the concept of confinement, last political solution for these countries lacking of imagination.

a work by MICHAEL SIMMOND

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PRETTY CABLE GUY

cable

Toutes les époques sont marquées par des concepts qui fondent les sociétés dans lesquelles nous évoluons. Si certains sont attendus et vécus avec enthousiasme, d’autres s’initient insidieusement, se métamorphosent doucement pour échapper à notre entendement. La surveillance de masse en fait partie. Conversations téléphoniques, emails, messages sur Facebook, navigation sur internet… tout est accessible aux systèmes de surveillance les plus sophistiqués de la planète comme Tempora ou encore Prism.

Tous ces programmes qui autorisent les agences de renseignements nationales à effectuer des « taping » – procédé qui consiste à copier systématiquement tous les flux qui transitent par ces câbles – tendent à transformer notre monde en un vaste réseau filaire où tout n’est finalement plus qu’ 1 et/ou 0.

« Pretty Cable Guy » est une œuvre qui va jusqu’à redéfinir le visage humain par ce qui semble être devenu : un système d’exploitation largement exploité.

une oeuvre de Hubert Volane

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All times are marked by concepts that underlie the societies in which we operate. If some are expected and lived with enthusiasm, others initiate insidiously, slowly metamorphose to escape our understanding. Mass surveillance is included. Telephone conversations, emails, Facebook messages, browsing the internet… everything is accessible to the most sophisticated global surveillance systems as Tempora or Prism.

All these programs that allow national information agencies to conduct  » taping  » – process that consists in systematically copying all the flows that pass through these cables – tend to transform our world into a vast wired network where everything is ultimately only 1 and / or 0.

 » Pretty Cable Guy  » is a work that goes until redefining the human face by what it seems to have become: a widely exploited operating system.

a work by Hubert Volane