« Ce pays qui ressemble à la tête d’une jument venue au grand galop de l’Asie lointaine pour se tremper dans la méditerranée, ce pays est le nôtre. Poignées en sang, dents serrées, pieds nus, une terre semblable à un tapis de soie, cet enfer, ce paradis est le nôtre. Que les portes se ferment qui sont celles des autres, qu’elles se ferment à jamais, que les hommes cessent d’être les esclaves des hommes, cet appel est le nôtre. Vivre comme un arbre, seul et libre, vivre en frères comme les arbres d’une forêt, cette attente est la nôtre. »

Ce poème du turc Nâzim Hikmet, ardant défenseur des libertés fait malheureusement et cruellement écho à ce que nous OBSERVONS chaque jour dans le monde : une inexorable expansion du règne de la violence tentant de s’imposer en une identité totale. La liberté est encore malmenée dans bien des endroits de la planète ; elle est trop souvent dévoyée.

Et même si l’Histoire nous prouve cruellement ce que souligne László Krasznahorkai dans son dernier ouvrage stupéfiant « guerre et guerre » « tout ce que l’on crée s’effondre pour qu’ensuite tout recommence depuis le début et se poursuive indéfiniment puisque la conscience progressive de la ruine ne change en rien au désir de construire de plus en plus haut ce qui est voué à s’effondrer » – aller à l’encontre d’une telle vision peut et doit être acceptable.

Pour Combine, qui a décidé en cette période troublée de faire des dictatures la thématique de son 3e numéro, il ne s’agit en aucun cas de se définir en territoire d’expression révolutionnaire, mais simplement rappeler que le cri de révolte est une nécessité dans bien des situations. Peut-être est-ce le moment de s’effrayer de la monstruosité – même si on ne sait que trop qu’autoritarisme et démocratisation vont main dans la main.

Pour que le point de départ de chaque histoire ne soit plus une perte ou même un gain mais un état d’évidence.

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This country shaped like the head of a mare coming full gallop from far off Asia to stretch into the Mediterranean, this country is ours. Bloody wrists, clenched teeth, bare feet, land like a precious silk carpet, this hell, this paradise is ours. Let the doors be shut that belong to others, let them never open again, do away with the enslaving of man by man, this plea is ours. To live! Like a tree alone and free, like a forest in brotherhood, this yearning is ours.”

This poem of the Turkish poet Nazim Hikmet, fervent defender of freedoms, unfortunately and cruelly echoes what we OBSERVE every day in the world an inexorable expansion of the reign of violence trying to impose itself in a total identity. Freedom is still mistreated in so many places of the planet; it is too often perverted.

And even if History cruelly proves us what highlights László Krasznahorkai in his last amazing book « War and War » – « everything that is created collapses so as everything starts from the beginning and indefinitely continues since the progressive conscience of ruin does not change the desire to build higher and higher which is doomed to fail » – go against such a vision can and should be acceptable.

For Combine, who decided in these troubled times to make of dictatorships the thematic of its third issue, it is not about defining a revolutionary territory of expression, but just remember that the shout of revolt is a necessity in many situations. Maybe it is time to be frightened by monstrosity – even if we know too much that authoritarianism and democratization go hand in hand…

So as the starting point of each history is not a loss or a gain anymore but an obvious fact.

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ENCORE COMBIEN /// HOW MANY MORE

ENCORE_COMBIEN

Encore combien de soustractions, de familles amputées – encore combien de maisons terrassées et de terre brûlées – encore combien de larmes versées qui viendront peut être irriguer toutes ces âmes asséchées – encore combien de kilos de plomb déversés sur le front de nos enfants – encore combien d’appels à l’aide qui s’évaporeront en cours de route – encore combien de jours, de mois, d’années sans sourires sur les visages.

Mais surtout combien de savons pour nettoyer tout ce sang répandu par nos frères sur ce si beau pays qu’est la Syrie

YARA DASSEM

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How many more subtractions, amputee families– how many more destroyed houses and burnt lands– how many more shed tears that will maybe be drained to irrigate all these dry souls – how many more kilos of lead dumped on the forehead of our children – how many more calls for help that will evaporate along the way – how many more days, months, years without smiles on the faces.

But above all how much more soap to clean all the blood shed by our brothers on this beautiful country of Syria.

YARA DASSEM

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MASQUE SYRIEN /// SYRIAN MASK

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Par l’appellation même de l’œuvre, la perspective effroyable d’un faux-semblant se fait jour. Non seulement l’effigie d’une nation à l’air de se confondre dans ce « readymade aidé » mais aussi semble se souscrire à la genèse d’un possible portrait de son dirigeant forcené et complaisant, Bachar el-Assad.

Voilà donc l’image de cet homme, le masque anti-gaz que l’on peut sans nul doute mettre en parallèle avec un masque mortuaire qui conserverait la trace des cadavres du peuple syrien. Tel aussi, un objet de dissimulation, magique ; le masque dicterait l’idée d’un rite transcendantale et d’un passage de la conscience vers l’inconscience, de la vie à la mort. L’œuvre « Masque Syrien » dresse un portrait peu reluisant de l’homme d’Etat syrien dont le seul but serait alors de contrôler le pouvoir en poussant alors ses dissidents vers le chemin mortuaire. L’ironie d’ailleurs réside dans le fait que le peuple n’aura pas eu le droit à l’usage de cette protection militaire contre les armes chimiques utilisées à des fins impérialistes. La gerbe de peinture rouge visible sur la partie de l’objet est en quelque sorte la transposition picturale du peuple qui saigne dans ces conflits armés.

El-Assad, paranoïaque, devrait, si la logique l’emporte, terminer sa course seul dans les geôles de l’histoire et grimé de ce masque à l’image du faux-frère de Louis XIV, le très célèbre « Homme au masque de fer ».

GUILLAUME ROBIN

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Through the very name of the work, the frightening prospect of a sham emerges. Not only the effigy of a nation seems to merge with this « assisted readymade » but also seems to subscribe to the genesis of a possible portrait of his frenzied and self-satisfied leader, Bachar el Assad.

So here is the image of this man, the anti-gas mask that can undoubtedly be compared with a death mask that would retain the trace of Syrian people corpses. Also such as an object of concealment, magical: the mask would dictate the idea of a transcendental rite of a passage from consciousness to unconsciousness, from life to death. The work « Syrian Mask » paints a grim picture of the Syrian statesman whose sole purpose would then be to monitor power while then pushing his dissidents to the mortuary way. The irony also lies in the fact that the people will not have had the right to use this military protection against chemical weapons used for imperialist purposes. The spray of red paint visible on the object part is somehow pictorial transposition of the people bleeding in these armed conflicts.

El-Assad, paranoid, should, if logic prevails, end up alone in the jails of History and made-up with this mask like the faux-brother of Louis XIV, the famous « Man in the iron mask ».

GUILLAUME ROBIN

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ROSTAM’S SONS

Il est une fable de la perse antique qui résonne aujourd’hui de toute sa brutalité.

Dans cette tragédie épique, car il s’agit bien là d’une tragédie, le héro Rostam tue son fils Sohrab au cours d’un duel alors même que les protagonistes ne connaissaient pas leurs identités respectives. Ce n’est qu’au moment où Rostam dans l’assaut final blesse Sohrab qu’il apprend qu’il s’agit de son fils. Cet infanticide n’a d’autres légitimités que le respect de l’ordre et de la loi, deux piliers étatiques parfois despotiques, placés au sommet des convictions de Rostam. Dans cette vidéo, l’artiste choisit de suspendre le temps et de cristalliser les fils de la nation iranienne dans une intention contestataire simple, presque fragile du pouvoir en place. La lumière qui traverse ces silhouettes fugitives – élaborées à partir de centaines de minuscules trous – semble s’installer en réponse à l’omniprésence du pouvoir religieux, puissant et malheureusement totalement conservateur.

Des centaines de perforations qui jamais ne seront, espérons le, autant d’impacts de balles obscurs et mortuaires !

IBRAHIM BERA

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It is a tale of ancient Persia that resonates today with all its brutality.

In this epic tragedy, because it is indeed a tragedy, the hero Rostam kills his son Sohrab in a duel whereas even the protagonists did not know their respective identities. It is only when Rostam, in the final assault, wounds Sohrab that he learns he is his son. This infanticide has no other legitimacy that the compliance with the order and the law, two state pillars sometimes despotic, placed at the top of the Rostam’s beliefs. In this video, the artist chooses to suspend time and crystallize the sons of the Iranian nation in a simple, almost fragile protest of the established power. The light passing through these fleeting silhouettes – made of hundreds of tiny holes – seems to settle in response to the ubiquity of the religious power, powerful and unfortunately totally conservative.

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Hundreds of perforations that will never, hopefully, be so many obscure and mortuary bullet holes!

IBRAHIM BERA

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A WORLD COMPARED

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La politique de Songun vise à prioriser à tout prix la force de l’armée, cette puissante assise d’un communisme délétère implanté en Corée du Nord. En réalité, c’est par la doctrine militaire que sont dirigées les affaires d’Etat de cette partie de la péninsule. Et rien d’autre ne pourra désamorcer cette bombe à retardement.

La « Révolution » prônée par le parti n’a de « révolution » que son appellation car aucun autre secteur ne semble pouvoir s’insérer dans un tel climat. La question sociale, l’éducation, les affaires étrangères, l’environnement sont des notions abstraites qui ne trouvent aucune grâce auprès du leader coréen. Tout serait centralisé dans l’appareillage militaire dans le seul but de répondre à l’œuvre nauséabonde du dictateur.

La révolution étant un progrès qui doit influer les idées ; ici nous avons à faire à une bureaucratie autocratique et mortifère, dans laquelle Kim Jong-Un catalyse les esprits populaires.

L’Union de la Jeunesse Socialiste est une organisation qui regroupe des adolescents qui se doivent de garantir le succès de l’idéologie du parti puis consolider les décisions de l’Homme d’Etat.

L’œuvre « A World Compared » entend prouver que la jeunesse Hitlérienne n’est pas si éloignée du système éducatif Nord-coréen. La jeunesse, à Pyongyang et ailleurs, se doit dès le plus jeune âge de jurer fidélité au fondateur de la dynastie des Kim, Kim II-sung, le grand-père de l’actuel leader de Corée du Nord et ce « jusqu’à la mort ». Comment ne pas penser aux organisations de la jeunesse qui servirent le Troisième Reich et dont le slogan était « Blut und Ehre » (sang et honneur). A la vie donc, et à la mort…

En inversant le symbole de la croix gammée et celui du Parti du Travail en Corée sur des images en filigrane rouge sang exposant ces enfants pris à « parti », l’artiste entend signifier les correspondances monstrueuses entre ces deux fractions de l’extrémisme le plus exécrable.

SEBASTIEN JOUSSE

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Songun politics aim at prioritizing at all costs the strength of the army, the powerful base of a deleterious communism implanted in North Korea. In reality, it is through the military doctrine that State Affairs are directed in this part of the peninsula. And nothing else will defuse this time bomb.

The « Revolution » advocated by the party is only a « revolution » through his name because no other sector seems to fit in such a climate. Social issues, education, foreign affairs, environmental issues are abstract concepts finding no favor with the Korean leader. Everything would be centralized in the military equipment for the sole purpose of meeting the foul work of the dictator.

Revolution is a progress that should influence ideas; here we are dealing with an autocratic and deadly bureaucracy, in which Kim Jong-Un catalyzes popular minds.

The Union of Socialist Youth is an organization that brings together young people who have to guarantee the success of the ideology of the party and then consolidate the decisions of the Statesman.

The work  » A World Compared  » intends to prove that the Hitler Youth is not so far from the North Korean educational system. Youth in Pyongyang and elsewhere should at an early age swear loyalty to the founder of the Kim dynasty, Kim Il –sung, the grandfather of the current leader of North Korea and this « to the death « . How not to think about youth organizations that served the Third Reich and whose slogan was “Blut und Ehre” (Blood and Honor). So from life, to death…

By inverting the symbol of the swastika and the one of the Labor Party in Korea on blood-red watermark images exhibiting these children taken to task, the artist intends to signify monstrous correspondences between these two fractions of the most execrable extremism.

SEBASTIEN JOUSSE

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SAMIZDAT

Samizdat est une notion, née sous le régime soviétique, qui consiste en un système de reproduction dactylographiée de la littérature et des idées jugées dissidentes et donc interdites de cité par le régime en place.

Certes, la Russie n’est plus sous l’ère soviétique mais, de nombreux exemples criant par leur caractère liberticide révèlent clairement que l’expression libre est encore largement muselée. La vidéo « Samizdat » n’a d’autre détermination que d’enluminer ce qu’est la « parole russe » aujourd’hui. Et il est malheureusement d’une évidence manifeste que pour être dégagée de toute pression, elle doit s’élaborer en sous-sol, comme ce fut le cas pendant de nombreuses années. Un écho blessant à ce qu’affirmait Dostoïevski dans « le grand inquisiteur » : « l’homme resté libre n’a pas de préoccupations plus constantes ni plus torturantes que de trouver au plus vite quelqu’un devant qui s’incliner… et à qui remettre ce don de la liberté avec lequel cette malheureuse créature vient au monde »

Une œuvre apte à saisir toute l’anxiété de la société russe contemporaine tiraillée entre un passé douloureux mais pour certains largement regretté et un présent dont les promesses ont du mal à se faire désirer.

ALEXANDRA TIMON

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Samizdat is a notion, born under the Soviet regime, which consists in a typed reproduction system of literature and ideas judged as dissident and therefore prohibited by the established regime.

Of course, Russia is not in the Soviet era anymore, but many explanatory examples through their draconian nature clearly show that free expression is still largely muzzled. The  » Samizdat  » video has no other determination than illuminate what  » Russian speech  » is today. And it is unfortunately manifestly clear that to be free of any pressure, it must develop itself in the basement, as it was the case for many years. An injuring echo to what Dostoevsky asserted in « The Great Inquisitor « : « man remained free does not have more consistent or agonizing concerns than to find as soon as possible someone to whom bowed… and to whom give this gift of freedom with which the unfortunate creature is born« .

A work able to grasp all the anxiety of the Russian contemporary society torn between a painful past but for some widely regretted and a present whose promises are struggling to get desired.

ALEXANDRA TIMON

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EX-VOTO

VOTOL’image est brouillée, la représentation difficilement perceptible, l’œuvre « Ex-Voto » est donc peu claire, à l’instar du discours de la figure au centre de cette vague sombre.

Aujourd’hui, le Président africain Michel Djotodia « dicte » les gestes de ceux qu’il considère comme faisant partis de son peuple. Impossible alors de « poser son veto », de s’opposer, de dénoncer les étranges manœuvres et la fausseté des palabres énoncées… Nuls opposants, tout est sous contrôle.Un pays condamné à la violence, brisé par le pouvoir d’un seul homme qui se tient à l’écart des grands principes démocratiques. Le dogme d’ « un homme, une voix » est donc bien règlementé. Le pays ne connaîtra donc jamais le répit.

Pourtant, des hommes peuvent arriver à faire bouger les lignes et au niveau symbolique, présenter le pays d’une autre manière, cela est déjà arrivé par le passé. Mais les valeurs morales et l’élégance patriotique ne comptent hélas pas pour grand-chose là-bas. Seule la gloire personnelle semble l’emporter (et souvent pour longtemps) devant l’union égalitaire. L’alternance en somme ne serait ici qu’une utopie politique.

Ce bulletin de vote effacé, indistinct au-dessus duquel trône une main « dirigée » semble s’enfoncer dans un brouillard lugubre. A chacun de voir ce qu’il ressent devant cette image pénible d’un mémorial dédié à la triste campagne de Michel Djotodia.

L ‘« Ex-Voto » offre l’image d’une offrande dédiée à ce militaire, sans la promesse d’une grâce quelconque.

ISABELLE DRURY

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The image is blurred, the barely perceptible representation, the work  » Ex -Voto  » is therefore unclear, as the discourse of the figure at the center of this dark wave.

Today, the African President Michel Djotodia « dictates » the actions of those he considers as being part of his people. Then impossible « to veto », to oppose, to denounce the strange maneuvers and the falseness of pronounced palavers… No opponents, everything is under control.

A country condemned to violence, broken by the power of one man who stands away from major democratic principles. The dogma of « one man, one vote » is well regulated. Thus, the country will never know respite.

However, men can get to move the lines and at the symbolic level, present the country in a different way, it has already happened in the past. But the moral values and the patriotic elegance unfortunately do not count for much there. Only the personal glory seems to prevail (and often for a long time) before the egalitarian union. All in all, the change in power would here only be a political utopia.

This faded ballot, indistinct above which sits a « directed » hand seems to sink into a gloomy fog. Everyone has his way to see how he feels in front of this painful image of a memorial dedicated to the sad campaign of Michel Djotodia.

The « Ex-Voto » offers the image of an offering dedicated to this military man, without any promise of any mercy.

ISABELLE DRURY