Il est certain que s’interroger sur les phénomènes migratoires relève d’une entreprise vaste et complexe. Existant de tout temps et revêtant des formes multiples et des ramifications plurielles, ces phénomènes sont l’objet de fantasmes forts et de clichés qui ont la vie dure. Dès que l’on aborde ce thème, les images et leurs surenchères alarmistes fusent. D’ailleurs, comme le rappelle les auteurs de l’ouvrage « Quand les murs tombent » aux éditions Galaade datant de 2007 – c’est à dire au moment où était inauguré le ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Co-développement – « La tentation du mur n’est pas nouvelle. Chaque fois qu’une culture ou qu’une civilisation n’a pas réussi à penser l’autre, à se penser avec l’autre, à penser l’autre en soi, ces raides préservations de pierres, de fer, de barbelés, de grillages électrifiés ou d’idéologies closes se sont élevées, effondrées, et nous reviennent encore avec de nouvelles stridences. »

Le traitement de ce phénomène est l’indice le plus frappant de l’état de citoyenneté d’une société. Et si l’accueil des migrants prouve la bonne santé d’une société, capable de dépasser l’image simpliste et vulgaire de l’intrusion d’étrangers sur « son territoire », l’Europe semble prendre un chemin quelque peu inverse.

Toutefois, la question est terriblement complexe et il ne s’agit en aucun cas pour Combine d’apporter une réponse tranchée dans ce numéro mais bien davantage d’explorer cette notion et de la substance qui la compose. L’immigration comme route vers un incertain dont le retour l’est souvent davantage, la circulation comme droit inaliénable ou encore la liberté comme composante fondatrice de soi et de son rapport à l’autre.

L’actualité nous le rappelle malheureusement tous les jours comme les 500 morts au large de Lampedusa, il est urgent de se pencher beaucoup plus ardemment sur ce phénomène et ses conséquences qui prend des proportions que l’on n’aurait pas imaginé il y a encore quelques années.

Huseyin Tutar

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It is certain that questioning the migration phenomena is a wide and complex undertaking. Having always existed, and appearing under multiple forms and plural ramifications, these phenomena are the subject of long-lasting fantasies and clichés. As soon as one approaches this theme, the images and their alarmist bids burst out. Moreover, as recalled by the authors of the book « When the walls fall » to Galaade editions dating from 2007 – when was inaugurated the Ministry of Immigration, Integration, National Identity and Co-Development – « The temptation of the wall is not new. Every time a culture or a civilization has failed to consider the other, to think with the other, to think the other in itself, these rigid barriers of stone, iron, barbed wire, electrified fences or closed ideologies have raised, collapsed, and return again with new stridency. « 

The treatment of this phenomenon is the most striking indicator of the state of citizenship of a society. And if the reception of migrants proves the good health of a society, capable of overcoming the simplistic and vulgar image of the intrusion of foreigners on « its territory », Europe seems to take a somewhat opposite direction.

However, the question is highly complex and Combine does not intend to bring a clear-cut answer on this issue but want to further explore this concept and the substance that composes it. Immigration as a route to uncertainty, whose return is even more uncertain, circulation as an inalienable right, or again freedom as a founding component for oneself and one relation to the other.

The latest news unfortunately reminds us every day, like the 500 dead in Lampedusa, that it is urgent to look much more fervently on this phenomenon and its consequences, which take proportions that we would have never imagined a few years ago.

Huseyin Tutar

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CELLULES

MONA HATOUM

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« Par le pouvoir d’un mot, je recommence ma vie, je suis né pour te connaître, pour te nommer ». Par ces quelques vers extraits du poème « Liberté », Paul Eluard nous montre toute la richesse que revêt cette notion, mais surtout son caractère inaliénable. La liberté est une condition à la construction, à l’élaboration de l’être. Elle autorise la vie et va jusqu’à permettre d’en inventer de nouvelles formes.

Mona Hatoum, qui travaille depuis quelques années déjà les thèmes de l’immigration, des territoires, de l’exil, telle une mappemonde en mouvement, fait partie des artistes qui aiment confronter les opposés, les mettre en branle pour en faire subtilement rejaillir toute la richesse chargée de sens.

Dans « cellules », la plasticienne met en scène une rencontre formelle qui convoque des sensations oscillant entre beauté douce et violence sourde au travers de huit cages réalisées en ferraillage de chantier – servant normalement de points d’accroche pour le béton. On peut d’ailleurs, aisément imaginer que ces cages ne sont que l’ossature et le prélude à une geôle de béton – dans lesquelles, elle a délicatement glissé des structures protéiformes, pleines d’étrangeté, qui tentent de s’en extirper par de frêles ondulations. Rouges incandescents, ces cœurs de verre créent un contraste saisissant, tel un cri pour la liberté, pour la liberté de se mouvoir. La circulation est indispensable à tous les êtres humains ; c’est elle qui engendre l’énergie, c’est ce qui génère le phénomène même de vie.

Un texte de Huseyin Tutar

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« By the power of the word, I regain my life, I was born to know you and to name you. » With these few lines extracted from the poem « Liberty« , Paul Eluard shows us all the richness of that concept, but especially its inalienable dimension. Freedom is a condition for the construction, for the development of the being. It allows life and even goes until inventing new forms of it.

Mona Hatoum, who now works for a few years on the themes of immigration, territories, exile, as a globe in motion, is among the artists who like to confront the opposites, set them in motion to subtly bring all their meaningful richness.

In « cells, » the visual artist stages a formal meeting, that summons sensations oscillating between gentle beauty and muted violence through eight cages made with construction reinforcement – normally used as attachment points for concrete. We can also easily imagine that these cages are only the frame and the prelude to a concrete jail – in which she delicately slipped protean structures, full of strangeness, that attempt to extirpate themselves by frail ripples. Glowing reds, these hearts of glass create a striking contrast, as a call for freedom, for the freedom to move. Traffic is essential to all human beings; it is the one that generates energy, which is what generates the very phenomenon of life.

Written by Huseyin Tutar

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LAMPEDUSA

SAMUEL GRATACAP

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Né en 1982, Samuel Gratacap est un artiste français issu de l’école des Beaux-Arts de Marseille. Le travail de cet artiste, qui aime évoquer les problèmes de représentation entre le Nord et le Sud, fait preuve d’une maturité remarquable. En se servant d’un langage immersif propre au genre documentaire, Gratacap nous confronte à la réalité de ces migrants voulant tenter la traversée de la méditerranée. Son travail photographique, réalisé en 2010, montre l’envers du décor de ces voyages à haut risque. Comme un chineur, le plasticien récupère les vestiges de ces trajectoires d’hommes et de femmes en quête d’une autre vie.

Cette reproduction photographique d’un document retrouvé sur sa route à Lampedusa exprime mieux que n’importe quelle œuvre les aléas du destin de ces immigrés. A première vue, il s’agit d’un plan, d’une sorte de petit atlas usagé, qui semble avoir été laissé à l’abandon. Mais si l’on regarde d’un peu plus près ce petit bout de papier, on voit bien que le fond de la pensée suggéré vient s’associer à la forme présentée. Les lignes effacées et aux couleurs passées s’imbriquent dans ces nombreux pliages comprimés dus aux multiples passages d’individus. Le tout fonctionne comme un fragment cubiste minée par les fluctuations du temps et exprimant les restes d’une existence difficile. On peut imagine tous les chemins tortueux empruntés par ces familles disséminées. Samuel Gratacap nous délivre une relique sans retouche, hors du temps, poétique et en même temps tragique.

Un texte de Guillaume Robin

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Born in 1982, Samuel Gratacap is a French artist, former student of the School of Fine Arts in Marseille. The work of this artist, who likes to evoke the problems of representation between the North and South, shows a remarkable maturity. By using an immersive language belonging to the documentary genre, Gratacap confronts us with the reality of these migrants wanting to attempt to cross the Mediterranean Sea. His photographic work, done in 2010, shows the reverse side of these high-risk travels. As a bargain hunter, the visual artist recovers the remains of these men and women trajectories in search of another life.

This photographic reproduction of a document found on his way at Lampedusa expresses better than any work the vagaries of the fate of these immigrants. At first glance, this is a plan, from a kind of small used atlas, which seems to have been abandoned. But if we take a little closer look at this little piece of paper, it is clear that the suggested content of the thought joins the presented shape. Deleted lines, with faded colors, fit into these numerous compressed folds due to multiple crossings of individuals. Everything works like a cubist fragment undermined by changes in time and expressing the remains of a difficult existence. One can imagine all the tortuous paths taken by these scattered families. Samuel Gratacap delivers us a relic without editing, timeless, poetic and tragic at the same time.

Written by Guillaume Robin

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SANS TITRE

TAYSIR BATNIJI

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S’interroger sur l’exil, c’est immanquablement comprendre ce qui pousse des individus voire des populations entières, à entreprendre de longs et périlleux voyages. Seulement, le départ n’est pas l’unique composante à prendre en considération. Le retour fait partie intégrante de ce processus.

Taysir Batniji s’attache depuis ses débuts à mettre en perspective son travail et toutes les choses auxquelles il est confronté quotidiennement. Et inexorablement, le fait qu’il soit plasticien palestinien et tout ce que cela implique en termes de rapport à sa terre natale occupe une grande part de ses réflexions. Pour lui, l’exil ne s’inscrit pas exclusivement dans le seul départ mais doit être envisagé dans sa totalité c’est à dire avec le retour possible et très souvent désiré. Car l’exil est bien un arrachement, un véritable déracinement qui prive les personnes en partance de la sève qui les a nourrit. Partir sans pouvoir revenir est une blessure impossible à panser. Un exil définitif n’est envisagé par personne, la reconnexion avec sa terre d’origine est toujours immanente.

Dans cette œuvre, l’artiste, qui ne peut plus revenir à Gaza, a reproduit en verre blanc les clefs des lieux qu’il fréquentait avant son départ (atelier, appartement, chambre dans la maison familiale, salle dans laquelle il enseignait à l’université…). Les clefs comme symbole d’un chez soi, d’un espace qui est nôtre, qui est soit. Garder ses clefs c’est espérer un retour, un renversement d’une dépossession injuste, comme celle vécue par des milliers de palestiniens en 1948. Cette reproduction fortement expressive travaille l’idée d’exclusion de son propre pays. Sous leur apparente fragilité, ces clefs peuvent se briser d’un simple mouvement, comme l’on peut priver un homme de son habitat avec de simples injonctions.

Un texte de Huseyin Tutar

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To question exile is invariably to understand what drives individuals, if not entire populations, to undertake long and dangerous journeys. But the departure is not the only component to be considered. The return trip is an integral part of this process.

Since his beginnings, Taysir Batniji endeavors to put his work, and all the things he faces daily, into perspective. And endlessly, the fact that he is a Palestinian visual artist and all that it implies in terms of relationship with his native land occupies much of his thoughts. For him, exile is not only about leaving but must be viewed in its entirety, i.e. with the possible and very often desired return. Indeed, exile is a wrench, a true uprooting that deprives leaving people from the sap that nourished them. Leaving without being able to come back is an injury impossible to heal. No one considers a definitive exile, reconnecting with his homeland is always immanent.

In this artwork, the artist, who cannot return to Gaza, has reproduced the in white glass keys of places he used to spend time in before his departure (studio, apartment, room in family house, classroom at university where he was teaching…). Keys as a symbol of home, a space that is ours, that is us. Keeping his keys is a hope for a return, a reversal of unjust dispossession, as experienced by thousands of Palestinians in 1948. This highly expressive reproduction works the idea of ​​being excluded from your own country. Under their visible fragility, these keys can be broken in a simple move, as one can deprive a man of his habitat with simple injunctions.

Written by Huseyin Tutar

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SUR LE CHEMIN DE L’IMMIGRATION

GUY WOUETE

WOUETE

Comment ne pas aborder le travail de Guy Wouete lorsque l’on se penche sur les phénomènes migratoires ? Bien que son travail dépasse ce seul point de vue, on ne peut nier qu’il est une dimension prégnante de sa démarche d’observateur du monde qui l’entoure.

Comme il aime à le dire, l’être humain n’est pas un arbre, il n’a pas vocation à grandir et à mourir au même endroit. Il est dans sa nature – ce qui est d’autant plus vrai aujourd’hui dans un monde où la globalisation fait loi – de se mouvoir, d’aller à la rencontre de l’autre, d’un ailleurs. Et c’est bien de cela qu’il s’agit lorsque l’on se penche sur l’œuvre « sur le chemin de l’immigration » : cette indispensable nécessité qui nous pousse sur la route. Car en ce cas précis, il ne s’agit aucunement du simple désir d’explorer le monde, mais bien plus d’un non choix, d’une question qui peut se résumer à la seule survie. Car comment pourrait-on alors prendre de tels risques, s’arracher aux siens, pour un avenir plus qu’incertain en décidant de confier sa vie à un étranger que l’on « paie pour voir ».

Dans cette installation, nous pouvons distinguer 2 continents de chaussures bariolées qui se font face dans une espèce de chaos ordonné. Ceux-ci sont séparés par un mur de bouteilles d’eau inaccessibles. Ce mur, à porté de main mais cerclé de barbelés, met l’accent sur les tensions que porte en lui-même cet élément qu’est « l’eau ». Ressource indispensable à tout organisme vivant, normalement gratuite et accessible à tous, cette dernière représente tout pour un migrant, parfois son seul lien qui le raccroche à la vie. Elle est autant désirée que crainte car, selon où l’on se place, elle est tour à tour nécessité pour traverser des milliers de kilomètres de zones totalement arides, et en même temps une étendue hostile qu’il faut à franchir sur des barques de fortunes lorsqu’elle est frontière. Un graal pour traverser mais un terrible bourreau lorsque c’est elle que l’on doit traverser.

Un texte de Huseyin Tutar

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How to not approach the work of Guy Wouete when one looks at the migratory phenomena? Although his work goes way beyond this mere point of view, one cannot deny that it is a significant dimension of his approach as an observer of the world surrounding him.

As he likes to say, the human being is not a tree, it is not intended to grow and die in the same place. It is in his nature – this is especially true today in a world where globalization is the rule – to move, to go and meet the other, the elsewhere. And that’s exactly what it is about when we look at the artwork « on the way to immigration: this indispensable necessity that drives us on the road. Because in this very case it is not about the simple desire to explore the world, but much more about the non-choice, a question that can be summarized to survival. Because how could we then take such risks, draw us from our own kind, for a more than uncertain future by deciding to entrust your life to a stranger that you « pay to see. »

In this installation, we can distinguish two continents of colorful shoes that face each other in a kind of orderly chaos. These are separated by an inaccessible wall of water bottles. This wall, within easy reach but circled by barbed wires, puts the emphasis on the tensions that this « water” element carries in itself. Indispensable resource for all living organisms, usually free and accessible to all, it means everything for a migrant, sometimes the only link that clings him on to life. It is as much desired as feared because, depending on where we stand, it is in turns necessity to cross thousands of kilometers of completely arid and hostile areas, and at the same time, when it is a border, an hostile area that needs to be crossed on makeshift boats. A grail to cross but a terrible executioner when it is the one that should be crossed.

Written by Huseyin Tutar

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CASTAWAY

GILLES DELMAS

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Au vu de l’actualité récente, la série de photographie sur les naufragés de Gilles Delmas, réalisée entre 1999 et 2000, ne risque pas de vieillir de sitôt. Ces portraits aux cadrages serrés renforcent la proximité avec le modèle et provoquent une décharge visuelle propre à nous éveiller sur la situation actuelle.

Ces visages esquissés et grainés, soit enveloppés dans une brume lumineuse surréelle, soit perdus dans un crépuscule profond, ne laissent personne indifférent. L’image est presque abstraite et développe des paysages fantomatiques qui se confondent avec les portraits. On ne connaît pas l’identité de ces hommes mais on peut imaginer leurs situations et leurs conditions de vie. Sans vouloir dénoncer ou marquer un constat politique quelconque, Gilles Delmas se soumet à un imaginaire poétique propre à transcender le quotidien morne de ces êtres en proie aux pires difficultés et en perte de repères. Ce vacillement de l’âme est d’ailleurs suggéré par l’absence de point de vue et la destruction de la perspective classique. Notre vision a donc tendance à tanguer comme sur un embarquement de fortune, un bateau ivre. Par cet effet, le visiteur entre plus facilement en connexion avec ces véritables damnés de la terre.

Ces morceaux du réel évoquent également les œuvres tourmentés d’un Francis Bacon, dans un langage subtil emprunté à l’histoire de l’art suffisamment intriguant pour décider d’en savoir plus. Ici, l’art s’inscrit dans l’histoire : c’est un engagement en soit.

Un texte de Guillaume Robin

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In light of recent events, the photography series on the shipwrecked by Gilles Delmas, conducted between 1999 and 2000, is not likely to grow old soon. These portraits with tight framing strengthen proximity with the model and cause a visual discharge able to awaken us to the current situation.

These outlined and grained faces, enveloped in a surreal light mist or lost in deep twilight, leave nobody indifferent. The image is almost abstract and develops ghostly landscapes that blend with the portraits. We do not know the identity of these men but one can imagine their situation and living conditions. Without wanting to denounce or mark any political statement, Gilles Delmas submit himself to a poetic imagination able to transcend the dull lives of these beings suffering the worst difficulties and disorientation. This indecision of the soul is also suggested by the lack of point of view and the destruction of classical perspective. Our vision therefore tends to pitch as a makeshift boarding a drunken boat. Through this effect, visitors enter more easily in connection with these true wretched of the earth.

These pieces of real also evoke artwork from tormented Francis Bacon, in a subtle language borrowed from the history of art intriguing enough to decide to learn more. Here, art is part of the story: it is a commitment in itself.

Written by Guillaume Robin

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LE HANGAR

JACQUELINE SALMON

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Il en reste plus rien de l’ancien hangar de la Croix Rouge destiné à ces migrants venus en masse après la guerre du Kosovo en 1999 afin de trouver refuge en France ou en Angleterre. Ce lieu de transition précaire était situé à Sangatte, petite ville du littoral de la Manche. Jacqueline Salmon, à cette époque, y était.

L’artiste Jacqueline Salmon a décidé de photographier ce camp de réfugié qui aura accueilli presque 67 000 personnes pendant ces trois années de fonctionnement. Ce centre, ouvert au moment de la construction du tunnel sous la manche, servait à l’origine à abriter le matériel dédié à la construction du tunnel. Mais au vu de l’afflux d’immigré voulant tenter leur chance, l’espace fut transformé en un refuge constitué de baraquement de repos. Grâce à l’œil de la photographe, il s’est transformé en lieu de mémoire.
Ces espaces captés par l’objectif sont vides, désespérément vides. L’absence de réfugiés, d’employés ou même de bénévoles renforce le terrible témoignage des conséquences de l’inégalité Nord/Sud. Nulle empathie, nulle compassion, juste l’austère réalité que l’on peut percevoir à travers ces alignements sans âmes de tentes de survie. Nous sommes embarqués dans le récit effroyable de ces gens condamnés soit à la survie dans un pays inconnu, soit au retour dans leurs pays d’origine. L’aspect impersonnel du lieu, l’atmosphère solennelle, la fausse théâtralité renforcent tout le dispositif mis en place par l’artiste

Un texte de Guillaume Robin

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There is nothing left of the old shed of the Red Cross made for the migrants who came after the Kosovo war in 1999 to find refuge in France or England. This place of precarious transition was located in Songatte, small coastal town along the Channel. Jacqueline Salmon, at that time, was there.

The artist Jacqueline Salmon has decided to photograph the refugee camp who has welcomed almost 67 000 people during the three years of operation. The center, opened at the time the Channel Tunnel was built, was originally used to house the equipment dedicated to the construction of the tunnel. But given the influx of immigrants wanting to try their luck, the space was transformed into a haven made of rest barracks. Through the eye of the photographer, it has turned into a place of memory.
These areas captured by the camera are empty, desperately empty. The absence of refugees, employees or even volunteers strengthens the terrible testimony of the consequences of the North / South inequality. No empathy, no compassion, just the austere reality that we can perceive through these soulless alignments of survival tents. We are embedded in the frightening story of these people condemned to survival in an unknown country, or to return to their country of origin. The impersonal feature of the place, the solemn atmosphere, the false theatricality strengthen all arrangements set in place by the artist.

Written by Guillaume Robin