Le rapport de l’Observatoire international des prisons evoquait en 2005 une recrudescence des troubles mentaux et psychiques chez les individus incarceres, citant une etude epidemiologique conduite aupres de 800 detenus et dont les resultats indiquent qu’environ « huit hommes detenus sur dix et plus de sept femmes sur dix presentent au moins un trouble psychiatrique, la majorite cumulant plusieurs troubles »

Meme si pour certains, les symptomes peuvent etre a l’origine de l’acte les conduisant en prison, pour beaucoup d’autres, ils n’apparaissent souvent qu’au cours de la detention.

Pour comprendre l’emergence des troubles mentaux en milieu carceral, il est important de noter que ce dernier incite a une routine, a une repetition et a la predominance de l’operatoire : « J’ai fait ma journee de travail, je suis alle a` l’infirmerie, et j’ai ecris des courriers ». La repetition des activites amenant a une sorte de « vecu fige » qui cristallise l’etat present et ses corollaires emotionnels.

Ce nouveau numero de Combine s’interroge sur le systeme penitentiaire actuel et ses implications psychologiques. En lieu et place d’un sas hermetique et statique qui coupe du monde, ne pourrait-il pas, par exemple, etre percue comme une zone transitionnelle ? au sens premier du terme, c’est-a-dire zone d’un entre-deux, entre la societe et le sujet incarcere, moment ou ce dernier peut y acquerir une capacite a symboliser et a se reveler subjectivement, en faisant sien l’acte pour lequel il a ete incarcere, et a eventuellement l’elaborer et le depasser. Une interrogation parmi tant d’autres que les artistes selectionnes pour Combine vont tenter de mettre en exergue.

Nicolas Estano

Un texte qui s’appuie sur un article de l’auteur « Tempus fugit : reflexion sur la notion de temporalite en milieu carceral » parut dans les annales Medico-psychologique en 2011
 
 

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The International Observatory of Prisons report evoked in 2005 an increase in mental and psychiatric disorders among incarcerated individuals, quoting an epidemiological study made on 800 inmates, and whose results indicate that about « eight out of ten men and seven out of ten women have at least one psychiatric disorder, most of them having several disorders « 

Even if for some of them, the symptoms can be the cause of the act leading them in prison, for many others, they often only appear during the detention.

To understand the emergence of mental disorders in prisons, it is important to note that it encourages a routine, a repetition and a predominance of the operational: « I did my work day, I went to the infirmary, and I wrote letters. » Duplication of activities leading to a kind of « frozen life » that crystallizes the present state and its emotional corollaries.

This new issue of Combine questions the current prison system and its psychological implications. Instead of a hermetic and static airlock that cuts from the world, could it be, for example, seen as a transitional zone? At the original sense, that is to say an in-between area, between the society and the incarcerated subject, when the latter can acquire the ability to symbolize and be subjectively revealed committed to embody the act for which he was imprisoned, and possibly develop and go over it. A question among many that the artists selected for Combine will try to highlight.

Nicolas Estano

A text that is built upon an article from the author of « Tempus fugit: reflections on the notion of temporality in prisons » published in the Medico-psychological annals in 2011

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PRESO DE MATARO

NICOLAS DAUBANES

PRESO_DE_MATARO

A mi-chemin entre une figuration narrant le reel et l’abstraction d’une poesie amere, l’artiste plasticien Nicolas Daubanes nous presente « Preso de Mataro », une oeuvre graphique simulee, veritablement calquee sur les murs de la prison de Mataro, un etablissement penitencier qui, sous le regime de Franco, aurait servi a emprisonner les resistants espagnols.

Peu d’oeuvres sont legitimes pour nous parler d’un tel temoignage de la pensee mais celle qu’il convient d’analyser contient tous les ingredients justifiant son apparition. Autant les murs des villes que nous longeons inlassablement s’etendent a perte de vue sans que nous y pretions garde, autant ceux de Nicolas Daubanes nous oblige a detourner le regard pour affronter la verite en face. Ces paysages hermetiques, presque spectraux laissent des traces, au sens figure comme au sens propre, dans la memoire collective. Des annees apres qu’Yves Klein ait compose en chef d’orchestre ses anthropometries feminines inspirees des figures de l’art rupestre, Daubanes reussit a reactiver le mythe par une approche societale plus contemporaine. Sur ces esquisses, c’est toute l’histoire de ceux qui ont paye le prix fort pour leur liberte que l’on arrive a deceler. Les fortifications de cette prison panoptique (en etoile) barcelonaise, structurellement concue pour une surveillance de pointe ont interpelle le plasticien, desireux de creer une forte resonance avec l’actualite. Plus on s’approche de ses lignes brisees, plus on remarque les apocryphes graves a sa surface, signe du temps infinitesimal. Toute l’intensite de ces oeuvres reside dans les empreintes anonymes de ces esclaves de l’existence. On se souvient que Brassai, a une epoque plus lointaine, avait photographie des graffitis ancres dans les murs de Paris dans l’optique de generer une commotion surrealiste, Daubanes, lui, prefere la cloison pure, garde-fou a la signification immediate, perpetuant les cris ce passe qui gemit encore…

Aucun autre artiste n’aura autant reflechi sur la claustration psychique liee a l’univers carceral. Le plasticien aura mis sa liberte intellectuelle au service de ces condamnes : une commemoration esthetique digne de foi, traversant les temps immemoriaux.

Une oeuvre de Nicolas Daubanes – « Preso de Mataro »

1 – Preso de Mataro (330 x 144 cm) (frottage au graphite) (2014) – Vue de l’exposition « SABOTAGE », LAC, Sigean (2014)
2 – Preso de Mataro (4 x 90 x 60 cm) (frottage au graphite) (2013) – Vue de l’exposition a la Maison Salvan : « Le jour apres le lendemain », Labege

www.nicolasdaubanes.com

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Halfway between a figuration narrating the real and the abstract of a bitter poetry, the visual artist Nicolas Daubanes presents “Preso Mataro,” a simulated graphic artwork truly copied from the walls of the prison in Mataro a penitentiary institution under the Franco regime, used to imprison the Spanish resistance.

Few artworks are legitimate to talk about such a testimony of thought, but the one that should be analyzed contains all the ingredients justifying its appearance. As much as the walls of the towns we endlessly pass are extended out of sight without being wary of them, as much as those of Nicolas Daubanes forces us to look away to look the truth in the eyes. These hermetic landscapes, almost spectral, leave traces figuratively as literally in the collective memory. Years after Klein has composed as a conductor his female anthropometries inspired from figures of the rock art, Daubanes managed to reactivate the myth with a contemporary societal approach. On these sketches, it is the whole history of those who have paid a high price for freedom that we manage to detect. The fortifications of this Barcelona panopticon prison (star-shaped) structurally designed for an advanced surveillance have questioned the plastic artist, eager to create a strong resonance with the current news. The more we get close from its broken lines, the more we notice apocryphal engraved on its surface, sign of the infinitesimal time. The intensity of these artworks lies in the anonymous footprints of these slaves of existence. We remember that Brassai, in the more distant past, had photographed graffiti embedded in the walls of Paris in order to generate a surreal shock, Daubanes prefers the pure partition, safeguard with an immediate significance, perpetuating shouts of this past that is still groaning…

No other artist has as much thought about the psychological withdrawal related to the prison environment. The plastic artist will have put his intellectual freedom in the service of these convicted people: a trustworthy aesthetic commemoration, crossing immemorial times.

Nicolas Daubanes – « Preso de Mataro »

1 – Preso de Mataro (330 x 144 cm) (frottage au graphite) (2014) – Vue de l’exposition « SABOTAGE », LAC, Sigean (2014)
2 – Preso de Mataro (4 x 90 x 60 cm) (frottage au graphite) (2013) – Vue de l’exposition a la Maison Salvan : « Le jour apres le lendemain », Labege

www.nicolas daubantes.com

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TEMPS MORT

MOHAMED BOUROUISSA

TEMPS_MORT

De par son aridite, l’oeuvre de Mohamed Bourouissa « Temps Mort », realisee en 2008 a de quoi surprendre. Pendant plusieurs mois, le plasticien a echange avec un detenu plus de 300 SMS et MMS, afin de dissequer la realite de l’univers carcerale. Les images recues en basse definition seront par la suite re-shootees par l’artiste et exposees sur de grands formats. Cette serie propose une vision hachee du quotidien morne de cet homme confine dans sa cellule, un certain « AL », jouant ici son propre personnage.

Ironiquement, « Temps Mort » est le titre d’une chanson de Booba, le rappeur qui incarne les valeurs erronees du « gangster » moderne. Pourtant loin derriere le star-systeme, ces photos et videos accumulees en masse engrangent chez le spectateur un veritable sentiment de malaise double d’une tension qui s’accentue au fur et a mesure de leur decouverte. A travers ces representations quasi-abstraites, c’est la quete de verite que semble vouloir chercher Bourouissa. Ces images floutees, inquietantes, presque deshumanisantes s’annoncent comme les negatifs meme de la perfectibilite photographique. L’atmosphere kafkaienne, les couloirs menacants, les espaces clos et insalubres deroulent la tragedie contemporaines de ces captifs. L’avenir de ces figures en marge semble incertain tout comme le sont ces figurations. Nous assistons a l’avenement d’une oeuvre brute qui plus que de montrer le social, prefere l’explorer. Ce documentaire post-moderne, ce reportage d’un nouveau genre va, par l’immersion physique, detruire les codes de l’art video.

Les journees sont fragmentees, les nuits sont longues, les pauses sont courtes… Mohamed Bourouissa est a la recherche du temps perdu, suspendu, des temps mort…

Une oeuvre de Mohamed Bourouissa

1 – Mohamed Bourouissa – Temps mort, sans titre n°9, 2008 – Tirage argentique sous diasec, contrecolle sur aluminium / Silver print on Diasec, mounted on aluminium – 100 x 133 cm © Mohamed Bourouissa – Courtesy the artist and kamel mennour, Paris

2 – Mohamed Bourouissa – Temps mort, sans titre n°11, 2008 – Tirage argentique sous diasec, contrecolle sur aluminium / Silver print on Diasec, mounted on aluminium – 92.5 x 114 cm © Mohamed Bourouissa – Courtesy the artist and kamel mennour, Paris

3 – Mohamed Bourouissa- Vue de l’exposition “Temps mort”, kamel mennour, Paris© Mohamed Bourouissa – Photo. Charles Duprat – Courtesy the artist and kamel mennour, Paris

www.kamelmennour.com

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The artwork of Mohamed Bourouissa « Dead Time », realized in 2008, can be surprising by its aridity. For several months, the artist exchanged over 300 SMS and MMS with an inmate, so as to dissect the reality of the prison world. The images received in low resolution will then be reshot by the artist and displayed on large formats. This series offers an intermittent vision of the bleak daily life of this man confined to his cell, a certain « AL » here playing his own character.

Ironically, « Time Out » is the title of a song by Booba, the rapper that best embodies the modern « gangster » erroneous values. Yet far from the star system, these photos and videos massively accumulated create for the viewer a real sense of malaise doubled of a tension that is growing gradually with their discovery. Through these quasi-abstract representations, this is the search for truth that Bourouissa seems to look for. These blurred images, disturbing, almost dehumanizing promise to be the very negatives of the photographic perfectibility. The Kafkaesque atmosphere, the threatening corridors, the confined and unhealthy spaces run through the contemporary tragedy of these captives. The future of these marginal faces seems uncertain, as are these representations. We are witnessing the emergence of a raw artwork that, more than showing the social matters, prefers to explore them. This post-modern documentary, this report of a of a new kind will, through physical immersion, destroy the codes of what we tend to name “video art”.

Days are fragmented, nights are long, breaks are short… Mohamed Bouroussa is looking for the lost, suspended time, of times out…

Artwork by Mohamed Bourouissa

1 – Mohamed Bourouissa – Temps mort, sans titre n°9, 2008 – Tirage argentique sous diasec, contrecolle sur aluminium / Silver print on Diasec, mounted on aluminium – 100 x 133 cm © Mohamed Bourouissa – Courtesy the artist and kamel mennour, Paris

2 – Mohamed Bourouissa – Temps mort, sans titre n°11, 2008 – Tirage argentique sous diasec, contrecolle sur aluminium / Silver print on Diasec, mounted on aluminium – 92.5 x 114 cm © Mohamed Bourouissa – Courtesy the artist and kamel mennour, Paris

3 – Mohamed Bourouissa- Vue de l’exposition “Temps mort”, kamel mennour, Paris© Mohamed Bourouissa – Photo. Charles Duprat – Courtesy the artist and kamel mennour, Paris

www.kamelmennour.com

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PELOTE IN SITU

JEAN-MICHEL PANCIN

PELOTE_COMBINE

Par ces petits baluchons, Jean-Michel Pancin nous conte une grande histoire : celle de la vie des detenus de la prison de Saint-Anne. Ces pelotes, a priori insignifiantes, furent en realite envoyees depuis le petit jardin juxtaposant l’etablissement penitentiaire par les confidents et amis des prisonniers. Les photos exposees presentent ces reliquats delaisses sur les grillages, en levitation, temoins de l’invisible correspondance qui unit ces incarceres au monde exterieur.

Ces residus etablissant une liaison entre ceux qui sombrent au fond de leurs cellules et ceux qui souffrent de leur sequestration rouvrent les stigmates des pensees interieures. Ces bourses informes renferment, telle une boite de Pandore, les tresors de l’intimite inviolable, et par cette fixation de la matiere meme, intensifie le deficit des rapports humains inherent a ces maisons d’arret. Si on creuse un peu plus encore, il est permis d’y voir le reflet du fameux ready-made « malheureux » ou « a distance » de Duchamp dicte a sa s?ur : un manuel de geometrie perche sur un balconnet dont le vent faisait tournoyer au hasard les pages. Sauf qu’ici, loin d’une representation mentale duchampienne, Pancin utilise l’effet de l’inattendu rencontre sur son chemin pour reveler les attaches fraternelles. Le plasticien redonne vie a ces objets, ces pures offrandes livrees a ces depossedes de la liberte… non des sentiments.

Une oeuvre de Jean-Michel Pancin

Jean-Michel Pancin – Pelote in situ 15 TPG, 2010 – Courtesy de l’artiste et Analix Forever, Geneve.

Discover Jean Michel Pancin

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Through these little bundles, Jean-Michel Pancin tells us a great story: the one of St. Anne prison inmates’ life. These balls, presumably insignificant, were actually sent from the garden juxtaposing the penitentiary by the confidants and friends of prisoners. The exposed pictures present these remnants left behind on the fences, levitating, witnesses of the unseen correspondence between these incarcerated and the outside world.

These residues that create a link between those who sink to the bottom of their cells and those suffering away from their confinement reopen the scars of inner thoughts. These shapeless purses contain, like a Pandora’s box, the treasures of the inviolable privacy, and through this settlement of the very material, increase the human relationships deficit inherent to these jails. If we dig a little further, it is possible to see the reflection of the famous « unfortunate » or « remote » ready-made of Duchamp dictated to his sister: a geometry textbook perched on a small balcony with the wind twirling its pages randomly. Except that here, instead of a Duchamp mental representation, Pancin uses the effect of the unexpected met along the way to reveal the fraternal ties. The artist brings his objects back to life, pure offering delivered to these dispossessed of freedom … not of feelings.

Artwork by Jean-Michel Pancin

Jean-Michel Pancin – Pelote in situ 15 TPG, 2010 – Courtesy de l’artiste et Analix Forever, Geneve.

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CAMBALACHE

JHAFIS QUINTERO

quint

Jhafis Quintero appartient a ces artistes dont l’oeuvre releve de la traduction infiniment intime de leur propre existence, dont les liens qui les unissent semblent a tout jamais indefectibles.

Tout au long de son parcours, il n’a eu de cesse de faire emerger une experience transcendantale de l’interiorite avec l’acte createur comme indispensable catharsis. Car en effet, pour lui l’art et la criminalite sont deux freres jumeaux qui appartiennent a cette necessite de transgresser. Comme il aime a le dire « J’aime l’art parce que je peux etre moi meme, mais sans prejudice a autrui *»
Ses oeuvres sont systematiquement traversees par un engagement a corps devolu pour explorer cette voie qui consiste a puiser au plus profond de soi afin de se maintenir en vie, en vie face a l’institution carcerale, veritable broyeur de corps qu’il a vecu durant 10 annees.
« Cambalache » ne fait pas exception a cette reflexivite. On y retrouve la tentative d’exorcisme de l’acte repetitif, obsession ecrasante chez les detenus. La repetition des actions criminelles qui conduisent souvent a un retour « derriere les barreaux » ou encore la repetition du quotidien qui peuvent figer et aneantir l’ame.
A la maniere d’un mantra, Jhafis Quintera y execute un motif repetitif sur une surface betonnee qui le liberera peut etre, de sa memoire.

* extrait d’une interview de l’artiste parut dans Uprising, 06/07/12

Une oeuvre de Jhafis Quintero

www.jhafisquintero.com

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Jhafis Quintero belongs to those artists whose work is the infinitely intimate translation of their own existence, whose links uniting them seem forever unfailing.

Throughout his career, he has never ceased to bring out a transcendental experience of interiority with the creative act as a necessary catharsis. Indeed, for him, art and crime are twin brothers that belong to this need to transgress. As he likes to say « I love art because I can be myself, but without prejudice to others * »
His artworks are always crossed by a strong commitment to explore this way that consists in digging deep in itself in order to stay alive, alive in front of the penal institution, real bodies grinder that he experienced during 10 years.
« Cambalache » is no exception to this reflexivity. It includes the exorcism attempt of the repetitive act, overwhelming obsession among inmates. The repetition of criminal actions that often lead to « go back to jail » or the repetition of everyday life that can freeze and destroy the soul.
In the manner of a mantra, Jhafis Quintera conducts a repeating pattern on a concrete surface that will maybe free him from his memory.

* Excerpt from an interview of the artist appeared in Uprising, 06/07/12

Artwork By Jhafis Quintero

www.jhafisquintero.com

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120pour100

JHUS BELLER

120

La prison pousse a la transformation ; c’est en tout cas ce que cherche, entre autre, La Justice en faisant appel a elle. Mais derriere l’objectif affiche – la transformation du « mal » en « bien » – se loge une dure realite.

En effet, beaucoup d’observateurs sont unanimes sur les effets devastateurs que peut entrainer une incarceration. Nombre d’anciens prisonniers, mais pas seulement, temoignent de la decadence physique et morale qui peut s’exercer dans les institutions penitentiaires. Une des raisons, et c’est loin d’etre la seule, participe de cet etat de fait : la surpopulation carcerale. En France, les prisons sont en carence de place. Dans certains cas, la densite releve de l’exploit et pousse a un amenagement precaire.
« 120pour100 » est une oeuvre qui met en exergue ce phenomene, non seulement via le message affiche, 120% etant le taux d’occupation moyen des prisons en France, mais aussi par son champ formel. A la maniere d’un Erwin Wurm, Jhus Beller a travaille les masses et les volumes pour transformer ce message en acte sculptural, une plastique de l’obesite, du vomissement contenu.

Une oeuvre de Jhus Beller

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Prison encourages transformation; it is certainly what Justice, amongst other things, seeks by calling on it. But behind the declared objective – the transformation of the « evil » to « good » – hides a harsh reality.

Indeed, many observers are unanimous about the devastating effects that may result from incarceration. Many former prisoners, but not only, testify of the physical and psychological decadence that can be exercised in penal institutions. One of the reasons, and that’s far from being the only one, contributes to this state of affairs: prison overcrowding. In France, prisons lack space. In some cases, density is a feat in itself and pushes to precarious arrangements.
« 120pour100 » is an artwork that highlights this phenomenon, not only via the displayed message, 120% being the average occupancy rate of prisons in France, but also through its formal field. In the manner of an Erwin Wurm, Jhus Beller worked the masses and volumes to transform this message into a sculptural act, a plastic of obesity, of content vomiting.

Artwork By Jhus Beller

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PROBATION

STEPHEN SIMMANS

douille

Selon la direction de l’Administration penitentiaire, aujourd’hui en France, on recenserait plus de 65 000 personnes dans les prisons. Le taux d’occupation a atteint son maximum et ce, dans tous les pays de l’Hexagone. Les conditions penitentiaires, le manque d’alternative et de moyens poussent la plupart des prisonniers au bord de l’etouffement a se creer de multiple codes leur assurant l’appartenance a un groupe.

L’oeuvre « Probation » evoque la praxis graphique de ce sentiment d’adhesion. A travers ces 5 douilles en metal, l’artiste s’empare des regles qui regissent l’univers carceral. Une veritable charte qui tend a classer, separer ou bien unir les prevenus. Ces petits objets en metal, de par leur agencement, evoquent le celebre tatouage fait main des 5 points qui, depuis deja de nombreuses annees, signifie « se retrouver coince entre 4 murs ». La douille, petit bout de tuyaux creux utilise tres souvent en serrurerie vient donc illustrer judicieusement l’espoir de s’en sortir. Stephen Simmans, dans un process minimaliste, rend palpable le deverrouillage psychologique et physique des chambres dites de « surete ».

Une oeuvre de Stephen Simmans

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According to the Department of Prison Administration, we would nowadays count more than 65,000 people in prisons in France. The occupancy rate has reached its maximum and this, in every region of France. Penitential conditions, lack of alternative and means push most of the prisoners on the verge of choking to create multiple codes ensuring their group membership.

The artwork « Probation » evokes the graphic praxis of that membership feeling. Through these five metal cartridge cases, the artist seizes the rules that govern the prison world. A true code of conduct that tends to classify, separate or unite the defendants. These small metal objects, by their arrangement, evoke the famous 5 points handmade tattoo that means, since many years now, « get stuck between four walls. » The cartridge case, a small piece of hollow pipes very often used in the ironwork, judiciously illustrates the hope of getting through it. Stephen Simmans, through a minimalist process, makes the psychological and physical release of the so-called « safety » rooms, palpable.

Artwork by Stephen Simmans

В

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FADE OUT

Jonathan Tulls

main

Il y a des temoignages poignants, non pas par les verites qu’ils assenent, souvent difficiles a entendre, mais par la poetique associee qui s’en degage, alors meme qu’on est loin de l’attendre en ces lieux.« la cellule est un etau de beton, de fer et de contraintes aux dents feroces qui mordent l’ame et le corps » / « les murs essaieront de m’avaler » / « les racines de la peur se fixent dans le froid humide de ces parois de pierre »

Ces quelques fragments cites ci-dessus en font partie. Ils rendent compte de l’omnipotence des murs qui ecrasent et surveillent les prisonniers. Ces derniers sont bien plus qu’une simple barriere entre la vie penitentiaire et la vie civile ; ils font partie integrante de la vie des detenus. Au dela de la cristallisation de leur condition de prisonnier, ils sont les temoins les plus proches de leur quotidien, evoluant ensemble, communiquant ensemble.
« Fade out » est une oeuvre qui se veut une prolongation jusqu’au-boutiste de l’idee de cet entremelement entre l’enceinte carcerale et la main humaine aspirant a la liberte – une parabole moderne de la Meduse transformant en pierre tout etre mortel qui la regarde.

Une oeuvre de Jonathan Tulls

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There are some poignant testimonials, not because of the truths, often difficult to hear, they hammer, but because of the associated poetics that emerge, even though we are far from expecting it in these places.« the cell is a concrete, iron and constraints vise with ferocious teeth that bite soul and body » / « walls try to swallow me » / « the roots of fear set in the damp cold of these walls of stone  »
These few fragments listed above are part of it. They report the omnipotence of the walls that squeeze and watch prisoners. These are more than just a barrier between prison life and civil life; they are an integral part of the inmates’ lives. Beyond the crystallization of their prisoner condition, they are the closest witnesses of their daily life, progressing together, communicating together.

“Fade out” (for better, for worse) is an artwork that wants to be a hard liner extension of the idea of this intermingling between the prison walls and the human hand aspiring to freedom – a modern parable of the Medusa turning any mortal looking at her into stone.

Artwork By Jonathan Tulls