Les attributions des futurs mondiaux de football et des Jeux Olympiques, l’accusation de l’équipe de Claude Bartelone aux dernières régionales pour détournement de biens publics contre Valérie Pécresse ou encore Volkswagen et ses véhicules équipés de logiciels capables de minorer la pollution de ces derniers… autant d’affaires plus que brûlantes d’actualité qui investissent les unes de nos quotidiens d’information. Derrière celles-ci se cache un phénomène qui sévit depuis tout temps : la tricherie, un mot aux allures inoffensives mais tellement sévère dans ses conséquences.

Face à un phénomène qui – impression peut-être – occupe de plus en plus nos sociétés modernes, nous avons décidé d’en faire notre numéro d’avril, qui n’est pas du reste avare de tricheries en tout genre (les Panama Papers en tête) Quels fondements, quels mécanismes à l’œuvre, quels facteurs peuvent bien motiver à contourner les règles, à user de stratagèmes relevant parfois d’une certaine forme de génie ? Le gain bien entendu !

Mais, encore une fois pour Combine, l’intérêt ne réside pas dans la compréhension exhaustive du phénomène, cela n’est pas notre ambition. Nous y préférons la vision d’artistes qui en ont usé. A moins que cela aussi soit une autre idée de la tricherie.

Huseyin Tutar

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The assignments of the future football World Cup and the Olympic Games, the charge for embezzlement of public funds against Valérie Pécresse from Claude Bartelone’s team for the latest regional elections or again Volkswagen and its vehicles equipped with a software that can underestimate their pollution level… so many hot cases that invade the front pages of our daily news. Behind them, a phenomenon that has long existed: cheating, a word that could look inoffensive but with severe consequences.

In front of a phenomenon that increasingly occupies our modern society, – but maybe that’s only an impression – we decided to make it the subject of our April issue (Panama Papers on the frontline) – which doesn’t avoid any kind of cheating neither. What are the basis, what are the mechanisms, what are the factors that can motivate to circumvent the rules, to use stratagems that sometimes come under some form of genius? Profit, of course!

But, once again for Combine, the interest does not lie in the comprehensive understanding of the phenomenon, it is not our ambition. We prefer the vision of artists who used it. Unless this is also another idea of ​​cheating.

Huseyin Tutar

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ANTHOLOGIE DE LA TECHNIQUE DE TRICHE

JULIEN PREVIEUX

previeux

Lorsqu’un artiste s’inscrit en analyste fin et ironique des mécanismes sociaux à l’œuvre dans les sociétés contemporaines, c’est assez naturellement que les dimensions de duperie, de contournement des règles et de détérioration de la vérité sont à un moment donné mises au centre de son travail.

Julien Prévieux, car c’est de lui dont il s’agit ici, n’en n’est pas à son coup d’essai avec « Anthologie de technique de triche ». En 2011, il avait déjà sévit avec « Forget the money » dans laquelle il s’était approprié via une vente aux enchères une partie de la bibliothèque du financier déchu Bernard Madoff. Au fil des révélations tenant aux agissements de ce maestro de la roublardise financière, c’est d’un sens fort singulier qu’est venu se charger ce patrimoine littéraire tels White Shark ou encore End in tears, à la manière de signes tristement prémonitoires.

Ici le champ exploré appartient davantage à l’imagerie populaire. C’est dans le temps du sport que Julien Prévieux nous amène, nous balade au travers de cette anthologie. Mais dans cette œuvre il ne s’agit en aucun cas de fourberies, de filouteries conduisant hors des sentiers de la loi. Tout y est autorisé et c’est bien là qu’agit la subtilité du travail de l’artiste. Derrière la LZR Racer – combinaison en polyuréthane sans coutures permettant de filer rapidement dans les bassins de natation – ou encore une raquette de tennis à double cordage, c’est l’ingéniosité ou la débauche de moyen qui ont permis de gagner en efficacité mais aussi et surtout la présence de vides juridiques accessibles au plus grand nombre à condition de faire preuve de performance et peut être d’un certain talent créateur.

Un texte de Huseyin Tutar

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When an artist fits into the role of the subtle and ironic analyst of the social mechanisms in action in the contemporary societies, it is quite natural that the dimensions of dupery, rules circumvention and deterioration of truth are put in center of his work at some point in his career.

Julien Prévieux, as it is him we are talking about, is not at his first attempt with his “Little anthology of cheating”. In 2011, he already stroked with « Forget the money » in which he took propriety of a part of the library of the fallen financial actor Bernard Madoff via an auction sale. All along the flow of revelations concerning this financial craftiness maestro, is a very strange sense that came to load this literary heritage as “White Shark” or “End in tears”, like premonitory signs.

Here, the field he explores more belongs to the popular imagery. It is in the timescale of sport that Julien Prévieux brings us, walk us through this anthology. But in this artwork, it is not about trickery, cheating driving us off the path of the law. Everything is authorized and that’s where the subtlety of the artist’s work lies. Behind the LZR Racer – seamless polyurethane suit allowing to speed by the swimming pools – or a tennis racket with a double rope, it’s the ingenuity or the debauchery of means that improved efficiency but most of all the presence of loopholes available to the greatest number, provided you can demonstrate performance and maybe some creative talent.

Written by Huseyin Tutar

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MARCH OF THE BANAL

JAKE ET DINOS CHAPMAN

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Sur le stand du White Cube de la FIAC en 2008, les frères Chapman s’étaient illustrés dans une exposition effarante de mauvais goût. A l’époque, cette affaire avait provoqué le scandale voulu. Il s’agissait en fait ni plus ni moins de la présentation d’une série de treize aquarelles peintes par Adolf Hitler en personne, rehaussées de motifs géométriques par les plasticiens dans les arrière-plans. Les deux frères s’étaient alors bien gardés de dévoiler le nom de leur créateur afin d’observer au plus près la réaction du public et des collectionneurs.

L’imposture avait alors une nouvelle fois frappé. Le duo Chapman qui n’en était pas à leur premier coup d’essai avait fait sensation à l’époque. Cette customisation activant les ressorts vils de l’esprit humain intitulée March of the Banal et vendue en un lot pour la modique somme de 850 000 euros aura au moins eu le mérite de montrer comment le mensonge et, plus exactement ici la falsification, peut engendrer le buzz approprié. En retraduisant ou en falsifiant le travail d’une personne (aussi abjecte soit-elle), les artistes cités avaient clairement abusé de la crédulité du public.

Pourtant, la célébrité donne-t-elle tous les droits ? Un écrivain aussi connu soit-il aurait-il le droit de réinterpréter (pour donner un exemple) le manifeste de l’horreur, Mein Kampf ? N’est ce qu’une question d’éthique, de morale, un process de travail comme un autre ?

Bien que ces aquarelles soient bien celles du Führer en personne, cette réinterprétation est néanmoins passible de poursuite. Il faut, pour ce cas précis, que les ayants droit se manifestent. Ce qui ne risque pas d’arriver de sitôt…

Un texte de Guillaume Robin

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On the White Cube booth of the 2008 FIAC, the Chapman brothers distinguished themselves in a staggering bad taste exhibition. At the time, the case caused the desired scandal. It was in fact nothing less than the presentation of a series of thirteen watercolors painted by Adolf Hitler himself, embellished by the plastic artists with geometric patterns in the backgrounds. The brothers were careful not to reveal the name of their creator so as to observe the public’s and collectors’ reaction as closely as possible.

The imposture then hit again. The Chapmans who were not at their first attempt, created sensation at that time. This customization, activating the vile resources of the human spirit, called March of the Banal and sold in a bundle for the modest sum of 850,000 euros will have at least had the merit of showing how the lie and, more precisely here falsification, can cause the appropriate buzz. By translating or by falsifying the work of a person (as despicable as he/she may be), the mentioned artists clearly abused the public’s credulity.

Yet, does fame give all rights? Would a writer, as famous as he/she may be, have the right to reinterpret (for example) the horror manifest, Mein Kampf? Is this just a matter of ethics, morality, a work process as another one?

Although these watercolors are properly those of the Führer in person, this reinterpretation is nevertheless liable to prosecution. It is necessary, for this very case, that right holders express themselves. Which is not likely to happen anytime soon…

Written by Guillaume Robin

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PINOCCHIO

JIM DINE

PINOCHIO

Nous ne pouvions pas parler du mensonge sans évoquer au préalable la figure qui l’incarne au mieux : le célèbre « Pinocchio ». En 2008, Jim Dine, l’un des derniers représentants du Pop Art avait produit en Suède une sculpture monumentale en bronze représentant le célèbre pantin.

Selon le plasticien Jim Dine, Pinocchio est la métaphore même de l’art. Avec seulement quelques tasseaux de bois, un simple artiste peut donner vie à un personnage. Cette reproduction contrefaite de la réalité serait une variation du mythe de l’artiste. Dine deviendrait alors, si l’on pousse plus loin l’interprétation, le célèbre Gepetto sachant transformer le matériau brut en matière vivante.

L’aspect très rudimentaire de cette sculpture de plus de 30 mètres de haut, installée actuellement sur la place de Borås près de Göteborg, et affectée d’un visage aux traits quasi-schématiques s’oppose à la finition léchée de la même créature élaborée par Walt Disney dans les années 40. Cette volonté de rétablir la vérité en mettant en perspective l’existence même du héros originel de ce conte italien écrit par Carlo Collodi se situe aux antipodes de notre imaginaire contemporain idéalisé.

L’impérialisme américain est ici mis à rude épreuve. L’artiste pose ainsi la question du crédit de l’image attribué à une pensée : jusqu’où, dès lors, peut-on aller dans l’interprétation ?

De par sa symbolique puissante et ses multiples réinterprétations générées dans le courant du siècle, Pinocchio est devenue l’icône première de la contrefaçon contemporaine, ce manifeste du « sampling » des images que l’on a d’ailleurs vu ressurgir il y a peu dans l’esthétique contemporaine.

Un texte de Guillaume Robin

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We could not talk about lies without talking beforehand about the character that better embodies them: the famous “Pinocchio”. In 2008, Jim Dine, one of the last representative of the Pop Art had made in Sweden a monumental bronze sculpture depicting the famous puppet.

According to the plastic artist Jim Dine, Pinocchio is the very metaphor of Art. With only a few wood brackets, a simple artist can give life to a character. This counterfeit copy of reality would be a variation of the artist’s myth. If we push the interpretation further, Dine would then become the famous Gepetto able to transform raw material into living matter.

The very rudimentary aspect of this sculpture of more than 30 meters high, currently settled on the Borås place near Göteborg and characterized by a face with almost schematic features, is in contradiction with the carefully finished same creature elaborated by Walt Disney in the 40’s. This will to set the record straight by putting the very existence of the original hero of this Italian tale written by Carlo Collodi into perspective, is light years from our contemporary idealized imaginary world.

The American imperialism is here severely tested. The artist thus asks the question of the credit of the image assigned to a thought: consequently, how far can we go in the interpretation?

According to its powerful symbolism and its multiple reinterpretations generated along the century, Pinocchio has become the original icon of the contemporary counterfeit, this manifesto of the images “sampling” that recently reappeared in the contemporary aesthetic.

Written by Guillaume Robin

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CANAL ZONE

RICHARD PRINCE

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La question des droits d’auteur dans le monde de l’art est vaste et complexe. Ainsi, depuis plusieurs décennies, le champ artistique s’est installé en véritable terrain d’expérimentation pour tout juriste voulant se frotter au droit de la propriété intellectuelle.

Et pour illustrer ces questions, qui de mieux placé que Richard Prince, un artiste dont toute la démarche relève d’une certaine ambiguïté. En effet, une grande partie de son travail et de sa notoriété publique est bâtie sur des images glanées ça et là au gré des lectures et de préoccupations du moment. Mais dans cette démarche puisant l’inspiration chez les autres, un autre artiste a choisi d’amener la question devant les tribunaux en 2006. Selon le photographe français Patrick Cariou, il n’y a pas de doutes à avoir quant à la série Canal Zone de Prince. Interprétation ou plagiat ? Il est clair que cette série relève du second – et plus précisément de son livre « Yes Rasta », pour plus de 30 clichés. Si la décision en première instance de la justice américaine abonde dans le sens du photographe, c’est pourtant une toute autre direction qu’a pris le jugement en appel. En effet la cours défait Prince du statut de plagiaire pour la plus grande partie – 25 clichés, le reste étant encore en jugement. Ce qui explique ce renversement : « le travail de Prince n’a en aucun cas impacté négativement le marché de Cariou »

Fort de cette décision et peut être aussi par provocation mais surtout pour ancrer encore plus fortement sa démarche, c’est 38 portraits tirés de captures d’écran d’Instagram que Richard Prince met en vente en 2014. Inspiration, détournement, appropriation, transformation…le débat sur la copie ou l’original risque d’avoir encore de belles années devant lui.

Un texte de Huseyin Tutar

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The issue of copyright in the world of art is vast and complex. For several decades, the artistic field became a real testing ground for any lawyer wishing to tackle the intellectual property subject.

And to illustrate these questions, who would be better positioned than Richard Prince, an artist whose approach is ambiguous. Indeed, a great part of his work and awareness is built on images gathered here and there, at the mercy of the readings and concerns of the moment. But in this approach, drawing inspiration from others, another artist chose to bring the matter in the courts in 2006. According to the French photographer Patrick Cariou, no doubt to have concerning the series Canal Zone of Prince. Interpretation or plagiarism? It is clear that this series belongs to the second – and more specifically his book « Yes Rasta » for over 30 pictures. If the decision of the US court in first instance agreed wholeheartedly with the photographer, it is however a completely different direction that took the appeal. Indeed, the court defeated Prince of the status of plagiarist for the biggest part – 25 shots, the rest being still under trial. What explains this turnaround is that « the work of Prince has NOT negatively impacted the market of Cariou »

Backed by this decision, and maybe also as a provocation but mostly to anchor even more strongly his approach, it is 38 portraits taken from Instagram screenshots that Richard Prince is putting on sale in 2014. Inspiration, embezzlement, appropriation, transformation … the debate on the copy or the original may still have many years ahead of it.

Written by Huseyin Tutar

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FAUX SEMBLANT

GUY RIBES

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Difficile de croire que certaines toiles du faussaire Guy Ribes se trouveraient actuellement dans les collections des plus prestigieux musées internationaux. Et pourtant, un certain nombre d’experts ne se posent même plus la question et répondent par l’affirmative, c’est dire… Ce petit brigand des arts et voleur d’images aura au final bien réussi son coup : être exposé de façon clandestine avec les génies qu’il admirait tant…

Guy Ribes est, dans toute l’acceptation du terme, un véritable « faussaire de génie », qui, pendant plus d’une trentaine d’année, s’est efforcé de réaliser des œuvres d’artistes modernes trompeuses. Tout a commencé quand ce dernier décide, au tournant des années 1980, de réaliser une aquarelle « à la manière de » Chagall. En peaufinant l’exécution et à force de travail, Ribes aura atteint l’excellence. Son but sacré sera alors de produire un certain nombre de contrefaçons propres à leurrer les experts les plus chevronnés.

Pourtant, à chaque tableau, une inspiration différente. Par la modification du tracé, les variations colorimétrique et une réflexion de haut vol sur les sujets proposés, l’homme devenait le maître du contournement… au détriment des mains expertes du marché. C’est en étudiant de près pendant des années tous ces peintres renommés qu’il sera au final lui-même devenu « le » spécialiste du genre.

Aujourd’hui, le repenti, qui s’était auparavant mis dans la peau de ces prédécesseurs illustres pour challenger le milieu de l’art, est désormais reconnu à sa juste valeur : un imitateur plus que talentueux.

Toute cette histoire nous informe des différences qui résident entre l’idée initiale et sa future concrétisation. Aussi, permettons-nous de dire que la vérité, en définitive, finit toujours un beau jour par éclater : preuve en est de son arrestation et de sa condamnation en 2010.

Un texte de Guillaume Robin

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It’s hard to believe that several paintings of the counterfeiter Guy Ribes are currently in the collections of the most prestigious international museums. But several experts do not longer doubt about it and are even quite affirmative, it goes to show… This small Art brigand and images stealer has in the end achieved his goal: be clandestinely exhibited with the geniuses he so much admired.

Guy Ribes is, in every sense of the word, a genius counterfeiter, who strived to achieve guileful artworks of modern artists during more than thirty years. Everything started when the latter decided in the early 80s to make a watercolor “in the style of “Chagall. By working on the details and through a lot of work, Ribes has reached excellence. His sacred goal will then be to produce a certain number of counterfeit copies suitable for deluding the most qualified experts.

Still, for each painting, a different inspiration. Through the modification of the drawing, the colorimetric variations and a high-level thinking on the proposed subjects, the man became the master of embezzlement…to the detriment of the expert hands of the market. It is by studying closely for years all these well-known painters that he became himself in the end “the” specialist of his kind.

Today, the repentant who previously tried to put himself in the skin of his famous predecessors to challenge the Art world, is now appropriately acknowledged: a more than talented copycat.

All this story informs us about the existing differences between the initial idea and its future concretization. And we can say that the truth always ends up coming out publicly: this is demonstrated by his arrest and condemnation in 2010.

Written by Guillaume Robin