Pas une année, sans élections présidentielles dans le monde. Et en cette année 2016, tous les regards seront tournés vers les Etat Unis, car nous le savons bien, le sort du monde se joue à chaque élection américaine.

Cette année, une chose est certaine, le cru 2016 semble être exceptionnel. Mais sûrement pas dans le sens noble du terme. Même si certaines élections, par le passé, ont été extrêmement violentes, celle-ci bat des records de médiocrité. Au delà pour Hilary Clinton et Donald Trump d’être les 2 candidats les plus détestés de l’ère moderne, la campagne 2016 est riche d’insultes, de ridules, d’obscénité, de racisme à outrance…bref tout, excepté de l’entendement, de l’intelligence et de la politique.

Alors en ces temps de médiocrité grandissante qui, est-il nécessaire de le rappeler, touche également la France, tournons-nous vers les artistes pour éclairer nos consciences et remettre un peu de sens dans tout cela. Que les œuvres proposées dans ce numéro soient dénonciatrices, polémiques, supportrices ou encore iconiques, une chose est sûre, celles-ci nous permettent de prendre un peu de hauteur.

Huseyin tutar

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Not a year without presidential elections in the world. And in 2016, everybody will be looking at the United State, because we know that the fate of the world is decided in every US election.
One thing is certain, the 2016 cru seems to be exceptional. But certainly not in the noble meaning of the term. While some elections in the past, were extremely violent, this one beats records of mediocrity. On top of being, for Hilary Clinton and Donald Trump, the two most hated candidates of the modern era, the 2016 campaign is full of insults, obscenity, outrageous racism… in short: everything except understanding, intelligence and politics.
So in these times of increasing mediocrity, which is by the way also affecting France, turn ourselves towards the artists to illuminate our consciences and put some meaning into this.Whether the artworks proposed in this issue are denunciatory, polemics, supporter or iconic, one thing is certain, they allow us to take a step back.

 Huseyin Tutar

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PORTRAIT OFFICIEL DU PRESIDENT FRANÇOIS HOLLANDE

RAYMOND DEPARDON

hollande

Les différentes photographies officielles de tous les Présidents de la République qui se sont succédés ont pour la plupart comme objectif de donner un premier aperçu du nouveau pouvoir en place. Elles ont aussi en commun de vouloir lustrer l’image du Président qui doit se montrer aussi sérieux dans ses fonctions qu’aimable et « civil » auprès des Français.

En réalité, l’histoire de ces photographies officielles n’est pas neuve et son origine est à chercher dans la peinture ancienne. Des portraits de Vélasquez à Van Dyck en passant par la célèbre effigie de Louis XIV peinte par Hyacinthe Rigaud, cette vieille tradition qui consiste à exalter la souveraineté des différents princes et monarques, ne s’est aucunement tarie mais a évolué avec son temps. En témoigne le dernier portrait du président François Hollande réalisé par le grand reporter de l’Agence Magnum, Raymond Depardon.

La photographie présentant le grand vainqueur des élections de 2012 offre un point de vue qui tranche radicalement avec toutes celles de ces prédécesseurs (François Mitterrand assis derrière la bibliothèque de l’Elysée ou encore la mise en scène quasi-napoléonienne de Nicolas Sarkozy). Pour son modèle, Raymond Depardon choisit un plan large en insistant sur les espaces verdurés des Jardins de l’Elysée baignés dans une belle lumière d’été douce et vaporeuse. Le photographe qui nous assure avoir eu le dernier mot pour le choix de la photo – parmi les deux cent rushes de son appareil – aura, sans le savoir, capté au sens propre comme au figuré, l’esprit de cet homme plutôt fier d’inaugurer son nouveau poste.

Hollande nous regarde droit dans les yeux (symbole d’honnêteté) et esquisse un sourire de convenance. Le torse très légèrement bombé, le nouveau capitaine de la nation s’avance tout droit vers le spectateur (symbole de dynamisme). Par ce raccourci, la photographie fixe sur pellicule l’expression ressassée du « rapprochement du peuple », une formule chère au plus haut dignitaire de la patrie.

Pourtant, cette représentation nous donne l’impression d’observer un individu perdu au milieu de l’espace éthéré. François Hollande a certainement voulu respecter les intentions de l’artiste tout en ayant cependant son mot à dire. Lui qui aime l’histoire de France et admire Zola a, par contre, toujours affiché sa profonde indifférence à l’égards des arts majeurs, à l’extrême opposé même de son illustre référant, François Mitterrand. D’ailleurs, Hollande a une fois de plus désigné un photographe plus connu pour ses reportages à « portée sociale » que pour ses photographies plastiques… Toujours ce « lien social », une des valeurs les plus importantes prônées par la République.

Un texte de Guillaume Robin

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All the official pictures of the Presidents of the French Republic mostly intended to give a sneak look at the new government in power.

In reality, the history of these official pictures is not new and their origin comes from traditional painting. From portraits by Velasquez to Van Dyck, including the famous effigy of Louis XIV, painted by Hyacinthe Rigaud, this old tradition consisting in glorifying the sovereignty of various princes and monarchs has not dried up but has evolved with the times, as evidenced by the latest portrait of the president François Hollande, made by the international correspondent of the Magnum Agency, Raymond Depardon.

The photograph portraying the winner of the 2012 elections offers a viewpoint radically different from his predecessors (François Mitterrand, seated behind the Elysée’s bookcase, or the nearly Napoleonic mise-en-scène of Nicolas Sarkozy). For his model, Raymond Depardon chooses a wide shot, insisting on the greeneries of the Elysée’s gardens, bathed in a nice soft and filmy summer light. The photographer, who assures that he had the final word on the choice of the picture – amongst two hundreds rushes from his camera – has caught without even knowing it the spirit of this man, rather proud to inaugurate his new position.

Hollande looks at us straight in the eyes (sign of honesty) and outlines a convenience smile. The slightly stuck out chest, the new captain of the nation walks straight towards the viewer (symbol of dynamism). Through this shortcut, the picture fixes on film the repeated “closer from the people” expression, dear to the highest dignitary of the country.

However, this representation gives us the impression that we are watching someone lost in the middle of an ethereal space. François Hollande certainly wanted to respect the artist’s intents while having his say. He, who loves history of France and admires Zola, has however always displayed his complete indifference towards major arts, at the extreme opposite of his illustrious referent, François Mitterrand. By the way, Hollande has once more chosen a photographer more famous for his social documentaries than for plastic photographs… always this “social link”, one of the most important values advocated by the Republic.

Written by Guillaume Robin

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TRAIN, MECHANICAL

PAUL McCARTHY

Depuis toujours, le monde a eu besoin d’idées, de points de vue, d’actions qui dérangent. Car c’est bien cela qui nous a fait progresser en nous poussant à nous interroger et nous remettre en question.

 Paul McCarthy artiste incontournable de la controverse fait partie de ces semeurs de troubles ou peut être seulement de doutes. Pour lui la visée essentielle de son travail : susciter le débat par la polémique. Et c’est ce qu’il fait avec brio depuis ses débuts, bien au delà du monde de l’art. En témoigne, « Train, Mechanical » une œuvre dérangeante et engagée, pensée et réalisée en 2003 alors que les élections présidentielles se profilaient l’année suivante.

Dans cette installation, on y voit le président sortant, dédoublé, copulant avec des cochons poussant des cris, tout en dodelinant de la tête. Ici et peut être pour la première fois, l’artiste se frotte à la satire frontalement politique. Son intention est sans équivoques. Pour lui son président est une marionnette prête à tout et à toutes les bassesses dans l’exercice de son mandat. Les cochons comme représentations personnelles de ceux qu’il considère comme les autres, ses citoyens, les citoyens d’autres nations ou encore ses interlocuteurs. Son action sexuelle comme ce qu’il entend faire subir à ces mêmes personnes, ses mouvements légers de la tête comme une action relevant du simple réflexe mécanique où la pensée et la réflexion n’ont plus leurs places et enfin le dédoublement comme une mise en garde pour les futures élections. Réélu, cette même partition sera rejouée. Simple mise en garde ou malheureuse prémonition ?

Un texte d’Huseyin Tutar

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The world has always needed disturbing ideas, viewpoints and actions. This is what makes us evolve, by pushing us to challenge ourselves and ask ourselves questions.

Paul McCarthy, major “controversy” artist is part of these trouble- (or maybe only doubt) makers. For him, the main objective of his work: encourage debate through polemic. And this is what he brilliantly does since his beginnings, way beyond the world of art, as witnessed by “Train, Mechanical”, a disturbing and engaged artwork, thought and realized in 2003, while the presidential elections were to come a year after.

In this installation, we can see the incumbent president, split in two, copulating with screaming pigs, while bobbing his head. Here, and maybe for the first time, the artist directly tackles political satire. His intent is clear. For him, his president is ready to do everything and ready to do all meanness in the exercise of his mandate. Pigs stand as portrays of those he considers as the others, his citizens, citizens from other nations and even his interlocutors. His sexual action stands for what he intends to subject people to, his slight movements of head stands for a simple action under the simple mechanical reflex where thought and reflection no longer have their places and finally the duplication stands for a warning for the upcoming elections. Reelected, the same musical will be played again. Simple warning or unhappy premonition?

Written By Huseyin Tutar

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HILLARY CLINTON TARGETS THE PRESIDENT

SARAH SOLE

clinton

« Hillary Clinton vise la présidence », telle est la traduction exacte du titre de la couverture du livre du journaliste américain Doug Henwood. Une couverture provoquante réalisée par l’artiste peintre Sarah Sole pour cet essai qui entend faire le point sur la candidate démocrate concourant à l’élection américaine.

D’ailleurs, ce n’est pas tant le livre, très critique envers le clan Clinton qui a choqué toute une partie de la population américaine mais bien plus l’image iconique de cette femme, connue de tous, pointant son arme sur le spectateur, tel le héros de Taxi Driver répétant son crime devant un miroir. Cette toile a provoqué un tollé de l’autre côté de l’Atlantique et a déchaîné les passions sur les réseaux sociaux.

Le regard décidé, la bouche close n’exprimant aucune émotion, aucune pitié, armé d’un revolver digne d’une image sortie tout droit d’un vieux polar américain, la candidate vêtue d’une robe de couleur rouge sang, fait froid dans le dos. Par un traitement subtil, l’œuvre évoque les vieilles réclames et illustres affiches de films « repeintes à la main » dans les années soixante. Le portrait peint dans des tonalités froides permet d’accentuer un peu plus les marques et les cernes du visage : des imperfections physiques mises à jour afin d’exposer la médiocrité des idées politiques de l’ex-première dame des Etats-Unis.

Cette figure autoritaire, presque « schizophrénique » et dérangeante exposée sur un fond neutre nous met en garde contre les discours lancés par les politiciens. On comprend désormais pourquoi cette illustration a tant fait parler. Elle se charge d’être l’illustration parfaite d’une nation violente qui continue malgré tout de défendre l’illusoire idée de la démocratie.

Un texte de Guillaume Robin

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Hillary Clinton targets the presidency” is the title of the American journalist Doug Henwood’s book. This is a provocative cover, drawn by the painter Sarah Sole, for this essay that intends to review the democrat candidate to the American election.

By the way, it is not so much the book, very critical towards the Clinton clan, which shocked a whole part of he American population, that the iconic image if this woman, known by all, pointing her weapon on the viewer, as the Taxi Driver’s hero, repeating his crime in front of the mirror. This painting caused an outcry across the Atlantic and unleashed passions on social networks.

The determined look, the closed mouth expressing no emotion, no pity, the candidate armed with a revolver worthy of a picture coming straight out of an old American polar, wearing a blood red dress, shudders. Through a subtle treatment, the artwork evokes the hand painted advertisements and famous film posters from the 60s. The portrait, painted in cold tones, further emphasizes the marks and dark rings under the eyes: revealed physical imperfections exposing the mediocrity of the political ideas of the ex-US first lady.

This authoritarian figure, almost schizophrenic and disturbing, exhibited on a neutral background warns us against the speeches instigated by politicians. We now understand why this picture got itself talked about. It is the perfect demonstration of a violent nation that keeps on defending the illusory idea of democracy.

Written by Guillaume Robin

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HOPE

SHEPARD FAIREY

hope

Comment ne pas parler des street Artists lorsque l’on s’intéresse aux démarches engagées politiquement dont l’objectif central est le choc voire le réveil des consciences ?

Se jouant des codes, notamment depuis son coup de force en 2008 avec Hope, affiche reprenant le visage de Barack Obama aux couleurs des Etats Unis, il tend à se réclamer encore davantage d’une approche parodique de la propagande politique, comme pour se défendre de l’effet de son affiche.

Car en détournant les codes révolutionnaires pour les mettre au service du candidat démocrate que doit-on penser ? Dénonciation des campagnes politicienne ou soutien aux candidats ? en d’autres termes s’agit-il d’un moyen d’expression ou de promotion ? Est-on poussé à mettre en perspective les idées de ce candidat et en creux, celles des son adversaire ou doit-on juste être poussé à voter pour ce candidat, sans se poser davantage de questions.

Mais dans tous les cas qu’il s’agisse d’un acte promotionnel ou d’éveil des consciences, il n’aura pas laissé de marbre Barack Obama qui se fendra suite aux élections d’une lettre de remerciements dans laquelle entre autres il affirme que les images de l’artiste ont des effets profonds chez les personnes qui les regardent.

Un texte d’Huseyin Tutar

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How is it possible not to speak about street artists when you are interested in politically engaged approaches whose main objective is to shock or even awaken consciences?

Playing codes, especially since his overthrow in 2008 with Hope, poster using the face of Barack Obama with the USA colors, he tends to anchor himself in a satirical approach of political propaganda, as if he wanted to stand out from the effect of his poster.

Indeed, by diverting revolutionary codes to put them at the service of the democrat candidate, what should we think? Denunciation of politician campaigns or support to candidates? In other words, is it a mean of expression or promotion? Are we pushed to put in perspective the ideas of this candidate, and implicitly those of his opponent or do we just have to vote for this candidate, without asking ourselves more questions?

In any case, whether it is about promoting or awakening consciences, he would not have left Barack Obama cold, who will shell out a thank-you letter after the elections, affirming that the artist’s images have profound effects on people.

Written by Huseyin Tutar

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ALWAYS PUTIN PERMANENT LINK

EUGENIO MERINO

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La figure solennelle du pouvoir est aussi un moyen pour certains artistes de dénoncer l’autorité « déviante » et même de se déchaîner… au sens propre comme au figuré. Eugenio Merino n’échappe pas à la règle. Il fait parti de cette frange de plasticiens qui aime choquer et provoquer une réaction, qu’elle soit bonne ou mauvaise…

 Sur un ton humoristique, l’artiste contemporain Eugenio Merino utilise l’image physique de certains hommes d’Etat ou de personnalités pour dénoncer les abus de l’histoire. Dans des mises en scène parfois violentes mais toujours empreintes d’une dérision qui touche à l’illusoire condition humaine, Merino arrive à frapper nos consciences. A travers ces caricatures, c’est un véritable « uppercut imaginaire » qu’il envoie à tous ces hommes tous plus ou moins fiers d’appartenir à la caste supérieure. Ce coup de poing cérébral était déjà représenté de manière plutôt crue dans son ensemble d’œuvres intitulé Pick & Punch représentant les visages battus de Castro, Bush et autres consorts surmontés sur un punching ball.

Dans l’œuvre Always Putin Permanent Link, le procédé reste le même, certes un peu moins brutal mais tout aussi provoquant. Les personnages tels Vladimir Poutine sont représentés les bras en croix dans un réfrigérateur dont le haut est orné d’une plaque figurant la vague de la célèbre marque de boisson américaine Coca-Cola. Par le biais de ces cénotaphes contemporains un brin ridicule, la notion même du pouvoir et de la toute-puissance semble s’effondrer. Comme une marque, l’homme d’Etat n’exerce plus qu’un rôle médiatique dans une société de consommation qui pousse sans cesse à la starification.

Un texte de Guillaume Robin

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The solemn figure of power is also a way for some artists to denounce the “deviant” authority, and even to unleash themselves… both literally and figuratively. Eugenio Merino is no exception to the rule. He is part of this group of plastic artists who enjoy shocking people and provoking a reaction whether it is good or bad…

With a humoristic tone, the contemporary artist Eugenio Merino, uses the physical image of some statesmen or personalities to denounce the misuses in History. In some mise-en-scène sometimes violent but always tinged with derision related with the illusory human condition, Merino succeeds in striking our consciences. Through these caricatures, it is with a real “imaginary uppercut” that he kicks all these men more or less proud of belonging to the superior class. This mental punch was already pictured in a crude way in his artworks named Pick & Punch, showing beaten faces of Castro, Bush and pals…on top of a punching ball.

In the Always Putin Permanent Link artwork, the process remains the same, certainly a little less brutal but as provocative. Characters as Vladimir Putin are pictured with their spread-eagled arms in a fridge topped with a slab on which appears the wave of the famous American soft drink brand Coca-Cola. Through these slightly ridiculous contemporary cenotaphs, the very notion of power and all-mightiness seems to collapse. As a brand, the statesman only has a media role in a consumer society ceaselessly pushing to turn people into stars.

Written by Guillaume Robin